Les corps des 87 migrants ont été enterrés là où ils ont été découverts. Photo prise par notre Observateur, Almoustapha Alhacen.
 
Quatre-vingt-douze migrants, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été découverts morts cette semaine en plein désert, entre Arlit, au nord du Niger, et la frontière algérienne. Notre Observateur faisait partie de la mission qui était allée à leur recherche.
 
Ils avaient quitté Arlit fin septembre. Cent treize personnes au total, tassées dans deux pick-up pour une traversée du désert de quelques heures sous un soleil de plomb. Direction : l’Algérie. Cinq d’entre eux ont été trouvés lundi par l’armée nigérienne, à 80 km au nord d’Arlit. Morts de soif. Quatre-vingt-sept autres – sept hommes, 32 femmes et 48 enfants – ont été découverts à une dizaine de kilomètres de la frontière algérienne par un groupe de volontaires et de militaires parti à leur recherche. Seuls 21 ont survécu.
 
Parmi les migrants se trouvaient de très jeunes enfants. Photo prise par notre Observateur, Almoustapha Alhacen.

"Les corps étaient répartis par petits groupes"

Almoustapha Alhacen est le président de l’association Aghir in man ("bouclier humain" en langue touareg). Basée à Arlit, cette association agit pour l’environnement et la protection de l’enfance.
 
 
Nous étions une cinquantaine à participer à cette expédition. Il y avait notamment le préfet et le maire d’Arlit. Nous nous sommes d’abord rendus près de la frontière algérienne, à 240 km au nord d’Arlit, où se trouvait l’un des deux véhicules.
 
L'un des pick-up où étaient entassés les migrants. Photo prise par notre Observateur, Almoustapha Alhacen.
 
Nous avons d’abord découvert 11 corps. Puis, en parcourant la zone, nous en avons trouvé 76 autres, répartis en petits groupes de deux, cinq, dix… Des mamans avec leurs enfants. On a vu une mère et ses triplés. Les corps étaient décomposés, certains avaient été dévorés par les animaux. C’était horrible. Un marabout était avec nous. On les a enterrés sur place. On pense qu’ils étaient partis à la recherche d’un puits. On a découvert des corps qui n’étaient qu’à cinq kilomètres du puits le plus proche. De ce groupe abandonné près de la frontière, 19 personnes sont parvenues à atteindre Tamanrasset, en Algérie, avant d’être rapatriées au Niger.
 
Les migrants ont été enterrés selon les rites musulmans. Photo prise par notre Observateur, Almoustapha Alhacen.
 
"Je pense qu’il s’agissait d’élèves d’écoles coraniques partis avec leurs marabouts en Algérie pour mendier"
 
En retournant à Arlit, nous sommes passés au niveau de l’autre véhicule, où cinq personnes avaient été découvertes lundi. D’après ce que nous savons, il était parti chercher une pièce de rechange pour dépanner l’autre voiture, laissant la plupart des migrants qu’ils transportaient sur place, et il est lui-même tombé en panne en route. Ce qui est curieux, c’est que le conducteur était revenu avec des migrants, au lieu de les laisser avec les autres. Deux d’entre eux ont réussi à parcourir les 80 km qui les séparaient d’Arlit.
 
Ce qui m’intrigue aussi, c’est la présence d’un aussi grand nombre d’enfants. Je pense qu’il s’agissait d’élèves d’écoles coraniques partis avec leurs marabouts en Algérie pour mendier. Il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse, mais elle me paraît assez probable car on a trouvé des ardoises et des Corans avec les cadavres.
 
Les circonstances exactes du drame et l’origine de ces migrants restent encore à déterminer. Une enquête est en cours. L'Algérie est un passage fréquent pour les migrants sahéliens ou ouest-africains. Ils y viennent pour travailler ou mendier, ou pour traverser la frontière marocaine, avant de rejoindre éventuellement l'Espagne. Autre pays de transit : la Libye. D'après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) à Niamey, cité par Le Monde, environ 30 000 personnes ont migré illégalement en Libye entre mars et août 2013 via Agadez. La plupart étaient des ressortissants ouest-africains, dont de nombreux Nigériens.
 
 
Article écrit avec la collaboration de François-Damien Bourgery (@FDBourgery), journaliste à FRANCE 24.