Observateurs
Photo de la manifestation organisée jeudi de Sidi Bouzid, en soutien aux forces de sécurité.
 
Les habitants de Sidi Bouzid sont toujours sous le choc après la mort de sept gendarmes, mercredi 23 octobre, dans des affrontements avec des islamistes. Ils sont sortis par centaines jeudi, dans les rues de cette ville d’où était partie la révolution tunisienne, pour dénoncer le terrorisme. Le témoignage de notre Observateur sur place…
 
L’accrochage est survenu dans le village Sidi Ali Ben Aoun, non loin de Sidi Bouzid. Les gendarmes ont essuyé des tirs alors qu'ils s'apprêtaient à effectuer une descente dans une maison, a indiqué une source policière citée par l’AFP.
 
La majorité des victimes sont originaires de Kasserine et Sidi Bouzid où leurs obsèques devaient avoir lieu jeudi. Les familles des victimes ont refusé toute présence du gouvernement aux cérémonies, selon une source militaire.
 
La semaine dernière deux gendarmes avaient déjà été tués dans la région de Béja, à 70 km à l'ouest de Tunis, dans des circonstances similaires.
 
D'après les autorités tunisiennes, le groupe islamiste armé Ansar al-Charia, apparu après le renversement du régime de Ben Ali début 2011, serait responsable d'une série d'attaques contre les forces de sécurité.
 
 
Slimane Rouissi est un militant syndicaliste de Sidi Bouzid, figure de proue de la révolution tunisienne et Observateur de longue date pour FRANCE 24. Il a participé à la manifestation de jeudi et pointe le "laxisme" des autorités.
  
Après un rassemblement devant le siège de l’UGTT, nous avons décidé de nous rendre au poste de police de Sidi Bouzid et à la caserne de la gendarmerie pour exprimer notre soutien et notre solidarité dans cette épreuve. Nous nous sommes aussi rendus aux funérailles du martyr Anis Salhi, l’un des gendarmes tués hier [mercredi] qui habitait Sidi Bouzid.
À Sidi Bouzid, c’est la colère et la tristesse. Nous avons défilé avec le slogan ‘De Sidi Bouzid à Alep, c’est un seul et même tueur’. Cela veut dire que ceux qui combattent l’armée tunisienne dans les montagnes de Chaânbi, ceux qui ont tué le syndicaliste Chokri Belaïd, le député Mohamed Brahmi, les gendarmes hier, sont ces mêmes personnes qui tuaient nos voisins Algériens dans les années 1990 et les même qui combattent aujourd’hui en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Ce sont les djihadistes salafistes. Ils ne connaissent que le chaos et le sang.
 
 
Pour moi, la responsabilité de l’insécurité revient au mouvement Ennahda et au Premier ministre Ali Larayedh qui s’agrippent au pouvoir alors qu’ils ne sont même pas capables de protéger les Tunisiens, malgré la crise politique grave que traverse le pays.
 
     "Le pouvoir a été accaparé par les islamistes, qui n’ont pas participé à la révolution"
 
Après le départ de Ben Ali, les Tunisiens avaient l’impression qu’ils pouvaient réaliser de grandes choses. Ils rêvaient de développement, de justice sociale, d’un État de droit. Mais depuis, le pouvoir a été accaparé par les islamistes, qui n’ont pas participé à la révolution. Avec leur laxisme - pour ne pas dire plus -, les autorités ont permis aux prêches extrémistes de fleurir dans les mosquées. Ils ont laissé des extrémistes lancer des appels au meurtre et prôner le djihad. Un gouvernement qui s’est à ce point compromis devrait démissionner sur le champ.  
Les attaques de jeudi compliquent encore plus la situation en Tunisie, déjà plongée dans une profonde crise politique depuis plusieurs mois. Des négociations entre le gouvernement dirigé par les islamistes et l'opposition ont été une nouvelle fois reportées après un désaccord sur les conditions de la démission de l’actuel Premier ministre.
 
Toutes les photos ont été postées sur le compte Facebook de notre Observateur Slimane Rouissi.