Observateurs
Manifestation des religieux saoudiens. Photo postée sur Twitter.
 
Alors que des dizaines de militantes saoudiennes s’apprêtent à prendre le volant pour protester contre l’interdiction de conduire imposée aux femmes, des dizaines de religieux sont montés au créneau mardi pour dénoncer une tentative d’"occidentalisation" du pays. Notre Observatrice saoudienne pointe du doigt l’hypocrisie de ces hérauts de la pudeur.

Un groupe composé de plus de 100 chefs religieux se sont rassemblés devant la cour royale à Riyad et demandé à rencontrer le roi. "Les clercs sont venus des quatre coins du royaume pour rencontrer le Serviteur des deux lieux saints pour montrer le risque qu’encourt le pays", a indiqué Cheikh Nasser al-Omar, chef de file du mouvement, dans une vidéo postée sur YouTube, dénonçant un "complot" visant l’"occidentalisation" du pays.

Une cinquantaine de dignitaires religieux avaient déjà manifesté devant le palais royal en février après la décision du roi d’autoriser trente femmes saoudiennes à siéger au Conseil de la Choura [l’équivalent du Parlement]. 

Le rassemblement de mardi intervient à deux jours de la journée de protestation prévue samedi 26 octobre et durant laquelle les Saoudiennes sont invitées à conduire pour dénoncer l’interdiction qui leur est faite de tenir le volant. 

"Les droits de la femme vont avancer, envers et contre eux"

Sara al-Haidar est une militante saoudienne qui participe à la campagne demandant que les femmes puissent conduire dans le Royaume. Elle n’est pas étonnée que les conservateurs les accusent de comploter contre le pays.
 
Ils brandissent ce genre d’argument [le complot occidental] à chaque fois qu’il s’agit des droits de la femme. Est-il besoin de leur préciser que les femmes qui mènent cette campagne portent la même nationalité qu’eux ?

Ce qui me dérange le plus, c’est leur manque de cohérence. Ces gens s’opposent avec vigueur à la Khoulwa [le fait de se retrouver seul avec une personne de sexe opposé], mais quand la femme doit se déplacer seule avec un chauffeur ils ferment les yeux. Pourvu qu’elle ne conduise pas ! 

"Dans les années 90, l’antenne parabolique n’a pas été interdite malgré leurs manifestations"

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne gagnent pas toujours leurs batailles dans le domaines des mœurs et les droits de la femme. Dans les années 90, l’antenne parabolique n’a pas été interdite malgré des manifestations de leaders religieux devant le palais royal. Et d’ailleurs, ces mêmes protestataires se sont ensuite mis à diffuser leurs prêches sur des chaînes diffusées par satellite.

Lorsque le roi Fayçal a permis aux filles d’aller à l’école, ils avaient aussi protesté, avec les mêmes arguments contre ‘l’occidentalisation’. Pourtant aujourd’hui, grâce à Dieu, l’école est même devenue obligatoire pour les filles. En Arabie saoudite, les droits de la femme vont avancer, envers et contre eux.
 
Un Twittos a exhumé un vieil un article du New York Times évoquant des religieux protestant auprès du roi Fayçal contre la présence des voix de femmes à la radio, au début des années soixante. 

En Arabie saoudite, même si la loi n'interdit pas la conduite aux Saoudiennes, aucune femme n'est autorisée à passer le permis.Placée sous l'autorité d'un parent masculin ou d’un mari, elle ne peut ni voyager, ni travailler, ni même ouvrir un compte en banque sans son autorisation.