De la fumée s'échappe du centre commercial de Westgate, lundi 24 septembre. Capture d'écran de cette vidéo. 
 
 
Au troisième jour de l’attaque d’un centre commercial de Nairobi par les islamistes shebab, un groupe originaire de somalie affilié à la nébuleuse d’Al-Qaïda, trois musulmans de la capitale kenyane insistent sur la nécessité de combattre tout amalgame.
 
Samedi, à la mi-journée, un groupe de combattants Shebab a attaqué le centre commercial Westgate au cœur de Nairobi.
 
La bilan provisoire est d’au moins une soixante de morts. Les terroristes, qui retiennent en otage un nombre indéterminé de personnes, n’ont toujours pas été délogés par les forces kenyanes.

"Sur Internet, certains ont utilisé des versets du Coran pour démontrer que les musulmans sont tous des terroristes"

Souleiman Moubarak Souleiman, journaliste radio à Nairobi, de nationalité soudanaise.
 
Je peux vous assurer que tous les habitants de Nairobi sont conscients que les responsables de cette attaque sont des terroristes et qu’ils ne sont pas représentatifs des musulmans.
 
Néanmoins, la peur des amalgames est dans tous les esprits. Certes la vie continue à Nairobi, mais la prudence est de mise dans les quartiers musulmans et surtout autour des mosquées. Les croyants essayent de moins se balader dans les rues, mais pour le moment, aucun incident n’a été signalé.
 
Les "agressions" se limitent uniquement aux réseaux sociaux. Les insultes fusent ainsi que les raccourcis. Certains ont même cité des versets du Coran, les sortant de leur contexte, pour démontrer que les musulmans sont tous des terroristes.

"La peur était palpable… Les gens ne savaient pas quelle serait la réaction de la population envers les musulmans"

 
Jamal, traducteur actuellement au chômage. Expatrié somalien du quartier d’Eastleigh, où vivent de nombreux Somaliens à Nairobi.
 
On n’a pas peur car on est totalement intégrés à la société kenyane. Les Shebab ne sont pas du tout représentatifs de la Somalie ni des Somaliens, qu’ils soient expatriés ou pas. Je pense qu’aujourd’hui les Kenyans sont conscients de cela, ce qui explique l’absence de représailles contre notre communauté.
 
Pourtant, la peur était palpable aux premières heures de l’attaque. Les gens ne savaient pas quelle serait la réaction de la population envers la communauté musulmane de Nairobi. Mais les choses ont été très vite prises en main par les autorités, qui ont affirmé que le combat se joue contre le terrorisme international et non contre une communauté ou un pays. Ce qui me rassure pour les jours à venir.

"L’ambassadeur somalien à Nairobi a été parmi les premiers à faire un don de sang sous l’œil des médias"

 
Ali Djibril al-Qoutaïbi est spécialiste de la Corne de l’Afrique et des relations entre les différentes composantes de la société kenyane. Il habite à Nairobi.
 
Cette opération terroriste sur le sol kenyan aurait pu raviver les tensions latentes entre chrétiens et musulmans. Le Kenya a déjà été le théâtre de tensions à cause des incursions des Shebab, ce qui a provoqué des amalgames, mais aussi à cause de la présence des troupes kenyanes en Somalie qui n’a pas été bien perçue par certains musulmans.
 
Mais cette fois-ci, l’ampleur de l’acte terroriste, sans précédent à Nairobi [depuis les attentats contre l’ambassade américaine en 1998], était telle que les autorités ont tout de suite déclaré que l’ennemi était la nébuleuse d’Al-Qaïda.
 
C’était aussi un moyen de dire aux musulmans du pays qu’ils ne doivent pas se sentir visés. Par ailleurs, les quartiers somaliens n’ont pas été ciblés par des mesures sécuritaires spéciales, comme lors de précédents combats avec les Shebab. Enfin, l’ambassadeur somalien à Nairobi a été parmi les premiers à faire un don de sang sous l’œil des médias, ce qui a contribué à l’apaisement.
Ce billet à été écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France24.
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