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Capture d'écran d'une vidéo montrant un gradé iranien encadrant l'armée syrienne.
 
Des vidéos publiées sur Internet ce week-end montrent des responsables militaires iraniens qui encadrent des soldats syriens de l’armée régulière, leur prodiguant conseils et instructions au combat. Ces images relancent la polémique sur la présence militaire de l’Iran, alors que la République Islamique dément toujours envoyer des combattants en Syrie.
 
Ces vidéos ont été postées le 9 septembre. Elles ont été publiées par la Brigade Daoud, un groupe rebelle basé près d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, qui combat aux côtés de l’armée syrienne libre (ASL) et des djihadistes de Jabhat al-Nosra. Un porte-parole de cette brigade a affirmé sur Al-Jazeera que ces enregistrements avaient été récupérés dans une caméra après des combats dans la campagne d’Alep. Une quinzaine de soldats du régime seraient morts ce jour-là. Les responsables iraniens affirment que ces images sont fausses, mais plusieurs éléments dans ces vidéos attestent pourtant de leur authenticité.
 
Dans cette première vidéo par exemple, le cameraman filme à l’intérieur d’un immeuble baptisé "siège de Sayyida Rokaya" (du nom de la fille d’Husseïn – fils d’Ali, cousin et gendre du Prophète Mahomet – considéré comme un martyr par les musulmans chiites). On y entend le cameraman lire une affiche en arabe et la traduire en persan. Il filme ensuite des banderoles à la gloire d’Ali et d’Husseïn, personnages révérés par les chiites iraniens mais pas par les alaouites, la branche du chiisme à laquelle appartient le président syrien Bachar al-Assad. Dans cette vidéo, on voit également des affiches qui donnent un "règlement de sécurité intérieur" dans le bâtiment et indiquent les peines encourues par les combattants qui ne respectent pas les ordres. Ces textes sont imprimés en arabe et en persan.
 
 
Dans cette autre vidéo sortie par la Brigade Daoud, on voit un militaire donner des ordres à des soldats. Cet homme porte un drapeau syrien au dos de son uniforme, mais il parle persan avec le cameraman. Il s’adresse ensuite dans un arabe approximatif aux soldats syriens, avec un accent persan très prononcé. On l’entend vérifier le nombre de snipers présents (0’26) et ordonner aux soldats de laisser les troupes ennemies se rapprocher à "50 mètres" avant d’ouvrir le feu sur e.
 
 
A la fin de la vidéo (3ème minute), le militaire échange en persan avec un soldat debout sur un char. Ce dernier ressemble à Mohsen Haydary, un soldat iranien de 29 ans dont la mort en "martyr" a été annoncée il y a plus de deux semaines sur un site d’information iranien. Mohsen Haydary y est présenté comme le  "défenseur du mausolée de Sayyida Zaynab", lieu saint chiite qui se trouve dans la campagne de Damas.
 
Mohsen Haydary n’est pas le seul iranien à avoir été reconnu sur ces vidéos diffusées par la Brigade Daoud. L'homme que l'on voit installé dans un fauteuil sur cette autre vidéo est Ismaïl Haydary, le commandant iranien que la rébellion armée affirme avoir tué.
 
 
Certains médias affirment aque cet homme est un documentariste iranien tué par des salafistes près de Damas. Un site officiel iranien publie pourtant les photos de ses funérailles. Il y est présenté comme un "général martyr", lui aussi "défenseur du mausolée de Sayyida Zaynab". Les portraits brandis lors de l’enterrement montrent bien le visage de l'homme assis sur un fauteuil en Syrie, Ismaïl Haydary.
 
Photo de l'enterrement à Amol en Iran, on y voit le portrait d'Ismaïl Haydary, publiée sur un site iranien.
 
Enfin, sur cette dernière vidéo, on assiste à un échange en persan entre un responsable militaire iranien et un cameraman. Le premier explique à quel point la bataille livrée dans la région est décisive et parle de la difficulté de déloger les rebelles armés. A 3’50, il s’arrête pour parler à un militaire qu’il présente à son interlocuteur comme étant un membre de la garde républicaine (le corps d’élite de l’armée syrienne, dirigé par Maher al-Assad, le frère de Bachar al-Assad). Les deux hommes s’embrassent, puis l’Iranien demande au Syrien de déployer ses troupes "même si les groupes armés attaquent" (4’03). Le Syrien confirme qu’il suivra la consigne et explique à l’Iranien qu’il a des soldats en embuscade pour sécuriser la route.
 
 
Sur cette vidéo, le militaire syrien ne semble pas gêné par la présence d’une caméra. Les images de toutes ces vidéos sont en outre relativement stables et de bonne qualité. Comme l’indique la Brigade Daoud, il semble s’agir d’un film tourné avec une caméra et non un téléphone portable. Or, lorsqu’à la fin du mois d’août, les deux militaires iraniens ont été tués, un site d’information persan a également évoqué la mort en Syrie d’un documentariste iranien nommé Hadi Baghbani. Selon le site, ce dernier aurait été tué par des "salafistes" alors qu’il suivait avec sa caméra "l’avancement de l’armée syrienne dans sa bataille contre les djihadistes". Les images diffusées par la brigade Daoud pourraient avoir été récupérées sur sa dépouille.
 
De nombreux éléments concordants attestent de l’authenticité de ces vidéos, prouvant ainsi que des militaires iraniens participent à l’encadrement des soldats syriens de l’armée régulière. L’opposition syrienne soutient cette thèse depuis longtemps, mais cela restait difficile à prouver. Ces images montrent également que les officiers iraniens agissent en temps que conseillers militaires, voire même qu’ils auraient des fonctions de commandement opérationnel.
Cet article a été rédigé par Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste à RFI, et Sarra Grira (@SarraGrira) de France 24.