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Photographie du portique grec de Cyrène, prise par MM.
 
Une partie de la nécropole de Cyrène, ancienne ville grecque au nord-est de la Libye, a été récemment détruite par des habitants qui comptent y faire construire des maisons et des commerces. Professeur d’archéologie, notre Observateur déplore la passivité des autorités devant la disparition d’un patrimoine archéologique inestimable. 
 
Fondée à la fin du VIIe siècle av.J-C, Cyrène est la plus ancienne et a été la plus importante des colonies grecques situées dans l’est de la Libye, région depuis appelée la Cyrénaïque. De sa grandeur passée, la ville a conservé une immense nécropole de près de 10 kilomètres carrés utilisée entre le VIe siècle av. J.-C. et le IVe siècle. Elle compte 1200 caveaux creusés dans le roc et des milliers de sarcophages individuels posés à même le sol.
 
Bien que la ville soit inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, des fermiers revendiquant le droit de propriété sur certaines zones de la nécropole en ont récemment détruit une partie à grand renfort de pelleteuses pour y faire construire des habitations.
 
Une pelleteuse à l’œuvre fin juillet.

"Des antiquités ont été jetées comme de vulgaires détritus"

Ahmed Hussein est professeur d’archéologie à l’université de Bayda, à l’est de la Libye.
   
À l’entrée sud-est de la ville antique se trouve l’une des plus importantes nécropoles de l’Antiquité, dont les caveaux et sarcophages ont été construits au VIe siècle av. J-C. Ces tombaux sont disséminés de part et d’autre d’une route antique qui mène au centre de l’ancienne ville de Cyrène. Le site a été détérioré sur une distance de deux kilomètres. Environ 200 tombeaux et caveaux ont été détruit ainsi qu’un tronçon de viaduc dont la construction remonte au IIe siècle. Les pièces ont été jetées dans une rivière non loin comme de vulgaires ordures.
 
Notre Observateur inspectant les tombeaux détruits en juillet 2013.
 
En Lybie, bien souvent les usages et coutumes sont davantage reconnus que la loi écrite. Cette terre appartient par tradition à des familles habitant les fermes alentours. Elles ne disposent d’aucun document officiel prouvant qu’elles en sont les propriétaires, pourtant leur droit sur ces terres n’est pas contesté. À l’époque de Moummar Kadhafi, elles n’osaient pas y toucher. Aujourd’hui, elles les ont transformées en terrains de construction qu’elles comptent vendre par parcelles de 500 mètres carré à des promoteurs immobiliers et des particuliers. Ces derniers pourront y construire des maisons et des commerces. Comme ces terrains sont vendus sans aucun document officiel, ils sont cédé à des prix très alléchants, soit 15 000 dinars la parcelle quand on sait qu’un terrain de 500 mètres carrés vendu légalement coûte environ 100 000 dinars dans cette zone.
 
Une partie du viaduc détruit.
 
"J’ai lancé un message au ministre de la Culture sur son téléphone portable mais je reste sans nouvelle"
 
J’ai multiplié les démarches pour faire arrêter ce désastre. J’ai interpellé en vain le service d’archéologie ainsi que les autorités locales. J’ai pris contact avec l’une des brigades chargées de la sécurité de la ville qui m’a dit qu’elle ne pouvait intervenir qu’en cas de requête officielle des autorités, qui ne bougent pas le petit doigt… J’ai été jusqu’à appeler le ministre de la Culture sur son téléphone portable. Je lui ai laissé un message et jusqu’à aujourd’hui je suis sans nouvelle.
 
Des fermiers ont délimité des terrains de 500 mètres carrés pour les vendre.
 
Sur place, j’ai récemment discuté avec quelques propriétaires qui m’ont dit qu’ils étaient près à abandonner leur projet si l’État acceptait de leur octroyer un autre terrain en échange ou une compensation financière. La situation sécuritaire ne justifie pas une telle inertie des autorités. Ce n’est quand même pas compliqué d’envoyer quelques agents de l’ordre bloquer ces engins.
 
Les cimetières circulaires, construits au VIe siècle av.J.-C., sont les plus anciens de la nécropole
 
Aujourd’hui, une partie de cette nécropole antique a disparu. Et la situation risque d’empirer car si l’État persiste dans son immobilisme, cela encouragera d’autres familles à détruire les cimetières qui se trouvent sur leurs terres.  
 
 
Les photos du site endommagé ont été prises par notre Observatrice Areej Khattab et postée sur son blog.