Observateurs
Photo d'une autorisation d'enterrement sans mention de la cause du décès.
 
Depuis l’assaut de l’armée contre les sit-in des pro-Morsi, c’est la bataille des chiffres sur le nombre de morts entre les autorités égyptiennes et le mouvement des Frères musulmans. Une polémique que viennent alimenter les familles des victimes qui accusent les autorités sanitaires de trafiquer les documents relatifs au décès de leurs proches afin qu’ils ne soient pas comptabilisés parmi les victimes de la répression.
 
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé, au moins 623 personnes ont été tuées le 14 août. Des chiffres contestés par le mouvement islamiste qui parle lui de 2200 morts et de plus de 10 000 blessés. La plupart des cadavres sont toujours entassés dans la Mosquée Eman du Caire. Les familles attendent que des autorisations d’enterrement leurs soient délivrées pour qu’elles puissent procéder aux funérailles. Ces documents sont pour l’instant délivrés au compte goutte.
 
En outre, sur les réseaux sociaux, des témoignages circulent selon lesquels les autorités falsifieraient ces certificats, omettant la cause de la mort, pour que les cadavres de soient pas comptabilisés dans les chiffres de la répression. Des allégations appuyées par des photos disponibles sur le Net.
 
Voici comment devrait être rempli une autorisation d’enterrement. Le document indique la cause la mort "par balle".
 
Photo envoyée par un de nos Observateurs.
 
Ce certificat en revanche ne mentionne pas la cause de la mort.
 
Photo postée sur Facebook.
 
Or il existe une vidéo de l’enterrement de l’homme mentionné sur l’autorisation d’enterrement ci-dessus, Adbelrahmane Eldeeb. Et plusieurs témoins qui affirment qu’il a bien été tué lors de l’assaut du 14 août.
 
Photo du cadavre d'Abdelrahmane Eldeeb.
Selon l’un de nos Observateurs au Caire, qui assiste les familles de victimes, il s’agit d’une démarche délibérée de la part des autorités pour sous-estimer le nombre de victimes tombées le 14 août.

"Ils falsifient les autorisations d’enterrement pour minimiser les chiffres de la répression"

Khaled el Gammel est membre du centre égyptien des droits économiques et sociaux.
 
Pour enterrer leurs morts, les familles des victimes ont besoin d’autorisations d’enterrement. Or, j’ai vu des autorisations où la cause du décès n’était pas mentionnée, ce qui est illégal ! Les familles n’ont ensuite aucune preuve que leur proche est mort suite à la répression du sit-in. Car selon ces certificats, il pourrait s’agir d’une mort naturelle.
 
Beaucoup de familles affirment également qu’on les a obligés à signer sur des certificats de décès [document signé par un médecin et que la famille doit également signer, contrairement à l’autorisation d’enterrement] qui attestaient que la victime était morte par accident, ou avait commis un suicide [information qui n’a pas pu être vérifiée]. Notre centre a donc proposé de mettre à disposition ses membres pour accompagner les familles dans les hôpitaux, afin qu’ils aient un témoin de cette fraude.
 
De plus, je suis allé hier [15 août] au bureau de la santé qui signe et tamponne ces autorisations, mais il était fermé ! Il n’y avait pas de médecin. Si aucun certificat n’a été validé hier comment le ministère peut-il alors donner un bilan des morts ?
 
L’autre problème c’est que tous les morts sont dirigés vers la morgue de Zeinhom [la seule au Caire habilitée à délivrer le certificat de mort par balles]. Mais une seule ne peut pas accueillir autant de victimes en si peu de temps, du coup les cadavres s’entassent. Je ne sais pas si c’est délibéré de la part des autorités, mais cela empêche d’établir un décompte des morts.
 
 
Cadavres entassés dans la mosquée Eman, photos envoyées par l'un de nos Observateurs.
 
Une chose est sûre : le chiffre donné par le ministère ne correspond pas à la réalité du nombre de victimes. Le problème c’est que les Frères musulmans de leur côté sortent des chiffres qui ne sont pas non plus vérifiables. Et les familles de victimes ne veulent pas collaborer avec nous, car elles n’ont confiance qu’en les avocats de Frères musulmans. Elles ne comprennent pas qu’il est important de collaborer avec des organisations de la société civile pour crédibiliser leurs cas.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.