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Nigel et Trish Branken dans leur cuisine préparent de la soupe pour les sans-domicile d'Hillbrow.
 
C’est une décision qui a étonné bon nombre de leurs amis. Il y a un peu plus d’un an, la famille Branken - blanche, de classe moyenne, avec cinq enfants - a quitté sa maison d’une banlieue aisée de Johannesburg pour venir vivre dans un immeuble d’Hillbrow, un quartier du centre-ville réputé comme l’un des plus pauvres et dangereux de Johannesburg.
 
Bien que l’apartheid soit terminé depuis une vingtaine d’années, la répartition de la richesse en Afrique du Sud reste l’une des plus inégales du monde selon le dernier recensement de 2012 : un ménage de Noirs sud-africains gagne en moyenne six fois moins qu’un ménage de Blancs sud-africains. À Hillbrow, la plupart des habitants sont des migrants venant de zones rurales et des sans-papiers étrangers, dont beaucoup sont sans domicile fixe.
 
Nigel Branken, sa femme Trish et leur fille aînée de 12 ans, Hanna, tiennent un blog sur leur vie à Hillbrow. Leur objectif : montrer à leurs amis des banlieues riches et sécurisées et à tous les curieux une autre facette de ce quartier.
 
La famille Branken et leurs amis organisent des repas pour les SDF de Hillbrow.

“Si vous faites l’effort d’aller à la rencontre des habitants d’Hillbrow, vous vous sentez en sécurité ”

Nigel Branken travaille dans l’administration de l’université de Witwatersrand.
 
Ma femme et moi sommes chrétiens. Il y a quelques années, nous avons commencé à nous questionner sur notre foi. Plus de la moitié des Sud-Africains vivent dans la pauvreté, et nous, nous vivions dans une grande maison dans la banlieue de Johannesburg, consommant bien plus que nos besoins. Notre mode de vie n’allait pas dans le sens de la réduction des inégalités dans notre pays. Nous avons donc décidé de déménager en centre-ville. Dans plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud, les centres des grandes villes sont devenus des foyers de pauvreté où on voit les gens s’entasser dans des taudis. On voulait vivre ce quotidien pour comprendre.
 
Trish et Nigel Branken avec leurs cinq enfants.
 
Nous avons planifié notre arrivée à Hillbrow très longtemps à l’avance. Mais quand nous sommes arrivés, nous avons accumulé les erreurs. Par exemple, la première chose que j’ai faite, c’est d'ajouter une porte grillagée devant notre porte d’entrée. J’ai réalisé plus tard que je n’avais pas envoyé un bon message et que ce n’était pas nécessaire. Aujourd’hui, dans notre immeuble, on connait tout le monde et on se sent en sécurité.
 
Quand vous êtes dans la rue, il faut faire attention aux étrangers qui pourraient vous aborder. Quelques semaines après être arrivé, un homme armé m’a menacé avec un flingue et on m’a volé mon téléphone portable. Malgré ça, j’ai persévéré. Je crois que si vous faites l’effort d’aller à la rencontre des habitants d’Hillbrow, vous vous sentez ensuite en sécurité.
 
Un habitant d'Hillbrow avec de la cocaïne. La drogue est un fléau à Hillbrow selon Nigel Branken.
 
"Venir ici est la meilleure chose qu’on pouvait faire pour nos enfants"
 
Nous essayons d’aider nos voisins autant qu’on le peut : on leur distribue des sandwichs une fois par semaine grâce à l’aide de nos amis. On leur emmène la nourriture et on mange avec eux dans la rue. Quand on peut, on emmène également une grande casserole pleine de soupe et on dort même parfois avec eux.
 
Venir ici est la meilleure chose qu’on pouvait faire pour nos enfants. Ils ont énormément d’amis. Lorsqu’on habitait en banlieue, ils devaient donner rendez-vous à leurs amis pour aller jouer. Ici, ils ont juste à descendre ou à monter les escaliers de notre immeuble pour aller s’amuser. Ils apprennent ce qu’est la compassion, une chose qu’ils ne pourront jamais apprendre dans les livres.
 
 
Vue de l'immeuble des Branken. En face, un immeuble insalubre qui a été "hijacké" : des individus qui ne sont pas les vrais propriétaires, viennent récupérer les loyers à ses habitants.
 
"Certains de nos amis qui vivent en banlieue ne veulent toujours pas venir nous voir "
 
Beaucoup de nos amis qui vivent en banlieue sont venus nous voir et comprennent pourquoi on a déménagé ici. D'autres ne veulent toujours pas venir.
 
Nous savons maintenant où les principales communautés sont basées : les vendeurs de rue, les SDF, les prostituées, les héroïnomanes – la drogue est un problème majeur dans le quartier. Nous sommes devenus amis avec certains d’entre eux, notamment un groupe de Zimbabwéens malvoyants. Ces derniers vivent dans une misère incroyable. Un jour, une femme m’a téléphoné après avoir appelé une ambulance car son enfant avait du mal à respirer. Une clinique lui avait déjà refusé les premiers soins car elle n’avait pas d’argent. Quand je suis arrivé, le bébé était mort. L’ambulance est arrivée quatre heures après. Malheureusement, ce genre de scène arrive très souvent à Hillbrow.
 
Les enfants de la famille Branken avec leurs amis d'Hillbrow.