Photo postée sur Facebook et envoyée par un de nos Observateurs à Casablanca.
 
"Interdiction de louer des appartements aux Africains" : voilà ce qu’on peut lire dans plusieurs halls d’immeuble à Casablanca, au Maroc. Une discrimination raciale parfaitement illégale imposée par un certain nombre de propriétaires. Notre Observatrice, une étudiante ivoirienne, en a fait les frais il y a quelques mois.
 
Plusieurs photos de ces affiches, en français et en arabe, circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux . D’après nos Observateurs, elles ont été prises dans des immeubles du quartier résidentiel de Farrah Essalam, dans la zone d’Oulfa, où logent de nombreux étudiants venus de pays d’Afrique subsaharienne. Des affiches similaires ont été signalées en d’autres endroits.  
 
Photo postée sur Facebook et envoyée par un de nos Observateurs à Casablanca.
 
Au Maghreb, le terme "Africains" est utilisé pour désigner les Africains de pays subshariens.
 

"Notre propriétaire a essayé de nous garder mais le syndic a gagné"

Nafissa (pseudonyme) est étudianteà la faculté des sciences de Casablanca. Elle est Ivoirienne.
 
En 2012, nous étions trois étudiantes à louer un appartement dans la résidence Areeda, située dans le quartier d’Oulfa. Parce qu’Africains, nous avons rapidement fait l’objet de menaces de la part d’habitants qui ne voulaient pas de nous comme voisins.
 
Un jour, en rentrant de la faculté, nous sommes tombés sur cette affiche. On n’a pas compris immédiatement qu’elle nous était adressée puis on nous l’a traduite. C’était vraiment choquant.
 
L’affiche photographiée fin 2012 par Nafissa dans la résidence Areeda. "Il est strictement interdit de louer des appartements à des Africains dans l’immeuble. Signature : l’ensemble des propriétaires."
 
Puis les menaces se sont faites plus pesantes. Notre propriétaire a essayé jusqu'au bout de nous soutenir mais face à la pression des autres, il a dû céder et nous a demandé de partir, ce que nous avons refusé de faire. Le 1er janvier 2013, la police est venue nous demander de quitter les lieux. Nous leur avons dit que nous connaissions nos droits alors ils ne sont pas entrés dans l'appartement. Nous avons ensuite été emmenés au commissariat. Mon amie a été giflée par un policier. On ne sait toujours pas sur quelle base légale la police a agi.
 
Je ne suis pas retournée sur place depuis mais des amis m'ont confirmé que l'affiche était encore là. J'aimerais dire qu'il s'agit d'un cas isolé mais mon expérience me laisse penser que non.  Dès le premier jour dans mon nouvel appartement, des habitants ont demandé au propriétaire de nous mettre dehors. Mais les papiers étaient déjà signés donc le propriétaire a refusé d’annuler la procédure. Les préjugés contre les Africains sont très ancrés. Toutes les relations avec les Marocains ne sont pas conflictuelles, mais la vie est clairement moins agréable quand vous êtes Noire.
 
Personnellement, on m’a plusieurs fois jeté des cailloux dans la rue, ou parfois des fruits, ça dépend de l’humeur de la personne… De la même manière, dans l'administration, nous ne sommes pas traités pareils.

"Avoir eu une mauvaise expérience ne justifie rien"

Mme Benzekri est propriétaire d'appartements dans la résidence Areeda d’où a été expulsée Nafissa.
 
J'ai pu personnellement constater ce genre d'affiches dans deux immeubles dont le mien, mais il y en a peut-être d'autres. Je trouve cela scandaleux et je l'ai fait savoir au syndic de l'immeuble. Ces affiches sont parfaitement illégales. Aucune loi ne justifie une telle discrimination. D'ailleurs ça ne m'empêche pas d'avoir comme locataires des étudiants africains en ce moment même. Et tout se passe à merveille.
 
Certains de mes proches, eux-mêmes propriétaires, ont eu des mauvaises expériences avec des locataires et donc en ont tiré des conclusions concernant tous les Africains. L'un d'entre eux avait loué son appartement à deux étudiants, qui ont ensuite séparé les pièces avec des cloisons, sans autorisation, afin d'en louer des petites parties à des immigrés travaillant comme vendeurs ambulants. Finalement, les deux étudiants sont partis sans prévenir et l’appartement est resté habité pendant des mois par ces personnes qui ne payaient pas. Il a donc du faire venir la police pour les déloger. Les voisins avaient aussi fait pression disant qu’ils étaient 10 à vivre dedans et qu’ils faisaient énormément de bruit.
 
C’est effectivement pas de chance de tomber sur de mauvais locataires mais de là à refuser tous les Africains, c’est absurde.  Si on part comme cela, il faut carrément les empêcher d’entrer dans le pays à leur arrivée à l’aéroport ! Or ce n’est pas du tout la politique du roi qui fait tout pour que des étudiants africains viennent au Maroc.