Observateurs
Un enfant escalade une montagne d'ordures du centre ville de Conakry. Photos de notre Observatrice Arondati.
 
L’une de nos Observatrices à Conakry, en Guinée, nous alerte sur le sort des enfants qui fouillent les poubelles de la ville à la recherche de bouts de ferraille ou de cuivre. Elle est partie à leur rencontre pour comprendre ce trafic en pleine expansion.
 
Aucun chiffre sur le nombre d’enfants des rues n’est officiellement donné par les associations ou le ministère des Affaires sociales, de la promotion féminine et de l’enfance. La paupérisation de la population guinéenne pousserait toutefois de plus en plus d’enfants dans la rue. En 2013, selon l’Institut national des statistiques de Guinée, 55% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, un taux en augmentation par rapport au précédent rapport datant de 2007.
 
Notre Observatrice a croisé des enfants âgés de six ans pour les plus jeunes arpentant les décharges de Conakry.
 
Contacté par FRANCE 24, le directeur national adjoint de l'éducation périscolaire et de la protection de l'enfance, Bafodé Keita, explique que ce trafic de métaux à Conakry est "bien connu des autorités" et qu’un Office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (OPROGEM) a été mis en place en 2009 pour lutter contre le problème. Interrogé sur l’efficacité des mesures, il fustige la "relâche de l’autorité parentale", cause principale de ce phénomène selon lui.
 
En janvier 2013, une experte des Nations unies avait toutefois relevé une confusion juridique sur les sanctions envers les personnes employant ou incitant les enfants à un travail dangereux.
 
Le travail des enfants et la mendicité de rue n’est bien sûr pas un problème propre à la Guinée. En juin dernier, l’émission Ligne directe des Observateurs de FRANCE 24 était au Sénégal pour enquêter sur des écoles coraniques créées pour instruire les enfants, mais qui se révélaient pour beaucoup être des entreprises de mendicité.
 
Vidéo prise mercredi 10 juillet par notre Observatrice dans une décharge publique du centre ville de Conakry.

"Trop d’enfants sont forcés de faire les poubelles de Conakry"

Arondati (pseudonyme) est étudiante à Conakry.
 
Ces enfants, on les appelle les "wouré kolé", ça veut dire "morceau de fer rouillé". Chaque matin, quand je pars à la faculté, je les vois chez un marchand de coby-coby [objets d’occasions, NDLR]. Ce sont des mineurs de 12, 10 voire même 7 ou 6 ans pour les plus jeunes, qui portent des sacs plein de métaux sur leurs épaules ou sur la tête. Ils applaudissent l'arrivée des camions de ramassage d'ordures lorsqu’ils arrivent à la décharge, ils récupèrent tout ce qu’ils peuvent, puis ils viennent vendre leur butin dans les coby-coby pour qu’ils soient ensuite recyclés. 
 
J’ai parlé à plusieurs de ces enfants. L’un deux m’a expliqué que c’était un de ses amis d’école qui l’avait incité à faire ce travail. Ses parents s’étaient opposés à ce qu’il n’aille plus à l’école et passe toute sa journée dehors [selon l’Unicef, le taux de scolarisation était de 77% entre 2008 et 2011, NDLR] . Mais quand il est revenu avec 5000 francs guinéens [0,55 euros, soit le prix d'un kilo de riz blanc], sa mère a immédiatement changé d’attitude. Depuis, il gagne entre 8000 et 10 000 francs guinéens [entre 0,80 et 1,10 euros]  par jour. Le soir, quand il rentre, il donne plus de la moitié de son gain à sa mère et garde le reste pour manger le lendemain.
 
 
J’ai rencontré un autre enfant sur une montagne d’ordures. Sa mère est morte, il vit seul chez la famille de son père avec son jeune frère. Son père ne lui rend visite que pour récupérer leur butin chaque semaine. Ils n’ont pas assez à manger.
 
Ce qui me fait mal, c’est l’état physique de ces enfants. J'ai regardé leurs mains, elles sont pleines de boutons et dures comme s’ils avaient une mycose. En plus des odeurs nauséabondes et des maladies ou infections qu’ils peuvent attraper, ils escaladent souvent des tas d’ordures sans aucune protection et prennent des risques inconsidérés pour retrouver des bouts de ferraille.
 
Trop d'enfants sont forcés de faire les poubelles à Conakry et j’ai le sentiment que cette activité a explosé durant ces derniers mois. J'en croise près des décharges à longueur de journée. Pourtant, aucune mesure efficace n’est prise pour les empêcher de faire ce type de commerce. C’est selon moi une preuve de la démission des parents devant la misère économique et surtout celle des organisations de défense des droits des enfants qui connaissent bien le problème mais ne sont pas très présentes sur le terrain.
 
Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.