Musique, cinéma et danses sont au programme des deux festivals organisés à Goma entre juillet et aout.
 
Deux festivals, un de cinéma, l’autre de musique et de danse, se tiennent actuellement à Goma, dans le nord de la République démocratique du Congo, une ville qui vit pourtant toujours sous la menace du mouvement rebelle du 23 Mars. Les organisateurs et les artistes savent que le pari est dangereux, mais ils refusent de baisser les bras face à l’insécurité.
 
La première édition d’Amani, un festival de musique et de danses traditionnelles rassemblant des artistes venus de plusieurs pays africains, s’est ouvert fin juin avec des ateliers et des concerts dans les rues de Goma. Parallèlement, la 8ème édition du Salaam Kivu International Film Festival (SKIFF), un festival de cinéma, a été lancée le 5 juillet. Destiné à transmettre des techniques et des connaissances en matière de réalisation de films et de documentaires aux jeunes Gomatriciens, le festival doit durer jusqu’au 14 juillet.
 
Un véritable défi en matière d’organisation et de sécurité, et un même objectif pour les deux événements : redorer le blason du Nord-Kivu, marqué par des conflits armés récurrents depuis quinze ans. Un message difficile à transmettre alors que le M23 menace de reprendre la ville de Goma si un accord n’intervient pas rapidement avec le gouvernement congolais.
 
 
Pour l'ouverture du festival de cinéma, un concert gratuit était organisé. Vidéo Alain Wandimoyi.
 
Le festival Skiff organise des événements gratuits à la Maison des jeunesde Goma qui attirent une foule importante.
. Photo Skiff.

"Les artistes viennent défier la guerre"

Petna Ndaliko Katondolo est directeur artistique du festival SKIFF.
 
Je suis né et j’ai grandi à Goma, mais aujourd’hui je ne reconnais pas ma ville. On sent qu’avec cette guerre sans fin, chacun développe ses réflexes de survie, chaque personne se méfie de son voisin. Auparavant c’était facile de rêver. Mais la situation a tellement changé, je vois le désespoir dans les regards des enfants.

L’organisation du festival est un énorme défi, on attend au moins 10 000 spectateurs. Même si on sait que les forces de l’ordre et la Monusco sont là pour assurer notre sécurité, on refuse de voir des militaires en armes autour des rassemblements. Notre objectif, c’est de prôner la paix, comment peut on le faire si on est entouré d’armes ? On compte avant tout sur la population elle-même. Ce sont de jeunes sportifs karatékas qui encadrent les rassemblements et qui assurent la sécurité des spectateurs.
 
Une compétition de danse est organisée chaque année en marge du festival de cinéma.
 
Le programme du festival a déjà été bouleversé. On devait organiser des projections à Kanyaruchinya et Rutshuru, mais la présence des rebelles dans cette zone nous a obligés à revoir nos plans. Mais même lorsque la ville a été prise en novembre, on n’a jamais pensé annuler ce festival. Ces manifestations apportent un peu de vie à Goma et pour nous, c’est l’occasion de montrer que les artistes peuvent défier la guerre, et apporter une réponse là où les hommes politiques ont échoué.
 
 Lors du festival Amani, la population peut assister à des représentations de danses traditionnelles.

"J’y vais sans la certitude que tout est parfaitement sous contrôle"

Justin Kasereka est artiste à Goma et participe aux festivals Skiff et Amani.
 
 Ces derniers temps, on entend tout et son contraire sur la présence de rebelles du M23 autour de Goma [des affrontements ont eu lieu samedi à quelques kilomètres de la ville]. Le faible éclairage public le soir et l’importante présence militaire, en qui la population n’a plus confiance, participent au sentiment d’insécurité. Officiellement, les autorités nous disent que tout va bien, qu’ils assureront la sécurité de ce festival. Mais on sent qu’il y a une inquiétude, moi-même j’y vais sans la certitude que tout est parfaitement sous contrôle.

Les artistes sont très mal vus par les rebelles, et même par les gens au pouvoir, car dans le cadre de nos tables rondes, la population a la possibilité de s’exprimer librement. Pour ma part, j’organise des ateliers dans lesquels je travaille sur la perception de l’autre par le collage, le dessin, ou le body-art. Je considère que l’un des grands maux qui ronge la République démocratique du Congo, c’est l’incompréhension entre les ethnies. Dans l’esprit des Congolais, chaque tribu correspond à un groupe armé, et c’est ça qui contribue à ces réactions tribales de repli et de méfiance. Si l'on parvient à briser ces chaînes et à montrer que cette différence culturelle est une force, on aura réussi notre pari.
 
 
 
Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.