Capture d'écran d'une vidéo montrant les assaillants frappant des chiites à Zawiyat Abou Mossallam.
 
Une nouvelle scène de lynchage a eu lieu en Égypte dimanche 23 juin. Sur ces images, des hommes sont battus à mort avant que leurs corps sans vie ne soient traînés dans la rue. Tous étaient des musulmans chiites.
 
Le drame a eu lieu dans le village de Zawiyat Abou Mossallam, dans le département de Guizeh, à une trentaine de kilomètres au sud du Caire. Des centaines de personnes ont attaqué le domicile du cheikh Hassan Shahata, un imam chiite de 67 ans qui tenait une réunion avec d’autres coreligionnaires à son domicile.
 
Selon Hazem Barakat, un militant des droits de l’Homme présent sur place qui témoigne dans une vidéo (ci-dessous), des centaines de personnes encerclaient la maison du cheikh Hassan Shahata, parmi lesquelles des femmes et des personnes âgées qui incitaient les manifestants à attaquer les chiites. Plusieurs dizaines de policiers étaient également présents sur les lieux. Ils ne sont toutefois pas intervenus. Interrogé par Hazem Barakat sur la passivité des forces de l’ordre, un responsable de la police a répondu face caméra :"Mais ils nous attaquent aussi !" (Voir la vidéo)
 
 
Quelques instants plus tard, des cocktails Molotov ont été jetés sur le toit de la maison du cheikh Shahata, provoquant un incendie au premier étage. Au même moment, d’autres assaillants ont commencé à attaquer la maison à coups de marteaux. Ils voulaient que les personnes à l’intérieur leur livrent Hassan Shahata, mais elles ont refusé. C’est alors qu’ils ont pris d’assaut la maison : la porte métallique a été arrachée, les personnes présentes dans la maison traînées dehors et battues. Trois d’entre elles sont mortes sur le coup, dont Hassan Shahata. La quatrième est décédée à l’hôpital selon le ministère de la Santé. Huit autres personnes ont été blessées.
 
Les cadavres ont par la suite été traînés dans la rue sous les huées tandis que les gens criaient qu’ils étaient des espions. Hazem Barakat précise que les assaillants se félicitaient :"Ils se serraient même la main. D’ailleurs, ils ont eux-mêmes remis les cadavres à la police qui n’est intervenue à aucun moment".
 
Photo prise par Hazem Barakat.
 
Selon l’activiste, ce lynchage est la conséquence d’un discours d’incitation à la violence contre les chiites de plus en plus présent en Égypte. Hazem Barakat raconte en effet que trois semaines avant l’incident, il avait lui-même assisté à un prêche à la mosquée du quartier qui accusait les chiites d’être des hérétiques qui "insultent les compagnons du Prophète" [une accusation courante de la part des sunnites à l’encontre des chiites, NDLR]. Des manifestations salafistes anti-chiites avaient suivi cette intervention.
 
Cette attaque a été condamnée tant par les institutions politiques que religieuses du pays. Cependant, dans l’opposition beaucoup reprochent au président Mohamed Morsi de rester passif face à la montée de ce discours de haine. En effet, le 15 juin, un meeting de soutien à l’opposition syrienne, majoritairement sunnite, s’est tenu dans un stade du Caire en présence du président égyptien. Durant cet évènement, des appels au djihad ainsi que des propos hostiles aux chiites [dont les alouites, communauté religieuse de Bachar al-Assad, sont une branche, NDLR] ont été tenus par des cheikhs égyptiens, appelant à "purifier l’Egypte de la vermine chiite", sans que le président, issu du mouvement islamiste des Frères musulmans, ne réagisse.
 
Plus de 90% de la population égyptienne se réclame du sunnisme et 9% appartient à la communauté chrétienne copte. S’il n’existe pas de chiffre précis, la communauté des chiites est estimée entre 700 000 et deux millions sur plus de  80 millions d’habitants.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à FRANCE 24.