Photo envoyée par Khaled Lekhlifi. Il travaille au siège de L’Agence tunisienne d’Internet.
 
L’Agence tunisienne d’Internet vient d’ouvrir les sous-sols de la villa à Tunis d’où les agents du régime de Ben Ali s’activaient à censurer le Web. Les fameux serveurs utilisés pour contrôler internet se trouvent toujours dans ces locaux. Mais ce sont aujourd’hui des hackers tunisiens qui les ont pris en main pour en percer les secrets. Un pied de nez à l’histoire…
 
La salle a ouvert ses portes aux hackers issus de la société civile le 15 juin dernier. Ils pourront désormais s’en servir pour organiser des ateliers et développer des projets pour la bonne gouvernance de l’Internet en Tunisie. L’endroit a été baptisée 404 Lab, en référence à Ammar 404, l’expression utilisée par les Tunisiens sous Ben Ali pour désigner la censure du Net.
 
Slima Amamou, alias @slim404, en photo devant le siège de l'ATI, qui abritait les machines de censure, avant la révolution puis lors de l'ouverture du 404 Lab. Photo relayés sur Twitter
 
Depuis l’ouverture du laboratoire, une équipe de jeunes passionnés d’informatique s’y réunissent tous les jours pour tenter de faire parler ces fameuses machines, restées à l’arrêt depuis le départ de Ben Ali.
 
Hackers et autres activistes lors de l'ouverture de la conférence sur la liberté pour Internet. Photo postée par le blogueur Abdelkarim Benabdallah.
 
Le 404 Lab a été lancé à la veille de la tenue de la troisième conférence "Freedom on line", organisée cette semaine par L’ATI et qui a été notamment consacrée à la protection des données personnelles et la transparence en ligne.

"Il n’ y aura jamais de recul sur les libertés sur Internet en Tunisie"

Moez Chekchouk est directeur de l’Agence tunisienne d’Internet.
  
Les hackers ne sont jamais pris au sérieux, alors qu’en Tunisie ils ont joué un rôle primordial pendant la révolution. Nous leur avons confié ces fameuses machines pour qu’ils puissent les déchiffrer. Ils sont en train de travailler d’arrache-pied pour tenter d’en extraire les données. Ces appareils servaient essentiellement à bloquer des sites Web et des adresses IP [adresse d’un ordinateur sur le réseau].
 
Tout ce matériel a été utilisé par le régime de Bel Ali entre 2004 et 2007. Les techniques de filtrage du trafic étaient à cette époque assez basiques.
  
Le régime de Ben Ali a utilisé cette machine pour censurer Internet jusqu'à 2004. Photo envoyée par Khaled Lekhlifi.
 
Le matériel utilisé entre 2007 et 2010 est beaucoup plus sophistiqué, mais nous n’avons pas pu le remettre aux hackers car nous sommes toujours liés contractuellement à la société qui a fourni ce système à l’État tunisien [Moez ne pouvait pas non plus révéler le nom de l’entreprise en question]. Ce matériel utilise une technologie appelée DPI (Deep Packet Inspection) qui, au moment de sa mise en place, était tellement en pointe qu’il n’était pas encore homologué par les organismes internationaux. Ben Ali avait mis beaucoup de moyens pour censurer Internet durant les dernières années de son règne. Rien qu’en 2010, il avait dépensé 2 millions d’euros pour surveiller le Web.
 
Cet appareil permettait de filtrer les données et enregistrer l'historique des connexions des internautes.
 
Nous sommes très attachés à la liberté d’expression et l’utilisation libre d'Internet. C’est pour cette raison que depuis la chute de Ben Ali, nous avons été le premier pays en Afrique à installer chez nous des serveurs TOR qui permettent de contourner la censure. Donc aujourd’hui, des citoyens qui vivent dans des pays qui censurent peuvent se servir de nos serveurs pour accéder au Web librement. Nous avons aussi été le premier pays d’Afrique à adhérer à la coalition Freedom Online, à travers laquelle les États s’engagent pour une liberté totale d’Internet. C’est un acquis essentiel pour notre révolution et sur ce point, il n’y aura pas de recul.
 
Avec cet appareil de marque Cach Flow, les techniciens du ministère de l'Intérieur utilisaient les techniques dites du caching pour exercer la censure.