Manifestation à Gao le 30 mai 2013. Photo publiée sur Facebook
 
L’euphorie qui a suivi la libération du nord du Mali est définitivement retombée. Environ 3 000 personnes ont manifesté pour la première fois, jeudi 30 mai, à Gao, pour appeler à la libération de Kidal, toujours tenue par les Touaregs du MNLA, mais aussi pour crier leur sentiment d’être laissées pour compte.
 
Plus de quatre mois après le début de l’opération Serval et alors que l’élection présidentielle malienne est prévue fin juillet, la situation dans la région est encore loin d’être apaisée. "Pas d’élection sans libération totale de Kidal", pouvait-on ainsi lire sur les banderoles des manifestants, qui ont dénoncé l’attitude de la France à l’égard du MNLA (Mouvement nationale de libération de l’Azawad) qu’ils jugent trop conciliante.
 
Manifestation à Gao le 30 mai 2013. Photo publiée sur Facebook.
 
Car Kidal fait aujourd’hui figure d’exception dans une région où l’État malien a repris ses droits. Prise par les combattants touaregs du MNLA et les djihadistes d’Ansar Dine en mars 2012, puis occupée par ces derniers pendant neuf mois, cette ville située à 350 km de Gao est repassée en janvier 2013 sous le contrôle du MNLA qui, entre temps, s’est rangé aux côtés des soldats français pour chasser ses anciens alliés du nord du Mali.
 
Depuis, ce sont toujours ses hommes qui la tiennent et qui en interdisent l’accès à l’armée et à l’administration malienne, sans que la France ne les en empêche. Dernièrement, un émissaire a été nommé par le président Traoré pour mener des négociations avec les Touaregs afin de permettre la tenue de l’élection.
 
Une situation inacceptable pour une partie de l’opinion malienne, qui accuse le MNLA d’être l’auteur de crimes de guerre. La manifestation de jeudi à Gao a donc été l’occasion pour ses habitants de faire entendre leur indignation, mais surtout d’exprimer leur ras-le-bol dans une ville percluse de difficultés.

"On est au bord du naufrage"

Hamaya Ag Abdoulaye est porte-parole de l’association Nous pas bouger. Il est l’un des organisateurs de la manifestation. 
 
Nous avons organisé cette manifestation pour plusieurs raisons. La première est pour dénoncer les négociations qui sont actuellement menées avec les mouvements touaregs dont les autres communautés du nord du Mali sont tenues à l’écart. On ne peut pas faire la paix en s’appuyant sur une minorité armée et laisser la majorité de côté ! Le dialogue doit impliquer l’ensemble de la population.
 
Le gouvernement malien a intégré des combattants touaregs à l’armée malienne, mais oublie les autres milices issues d’autres ethnies, le Ganda Koy et le Ganda Izo, qui ont combattu aux côtés des soldats maliens. C’est injuste ! On a l’impression que la France et l’Etat malien ne s’intéressent qu’aux Touaregs. Or, pour rétablir la confiance entre les Touaregs et nous, il faut qu’il y ait une équité.
 
"Même quand les groupes djihadistes étaient là, il n’y avait pas tous ces problèmes !"
 
Nous avons aussi manifesté pour dénoncer la léthargie de l’administration de Gao. Depuis qu’elle est revenue, il y a d’énormes problèmes d’eau et d’électricité ; la qualité de vie s’est dégradée. Même quand les groupes djihadistes étaient là, il n’y avait pas tous ces problèmes ! La population est révoltée.
 
Je prends l’exemple de là où j’habite, le quartier Château secteur D. Ici, ça fait plus d’un mois que les robinets ne coulent plus. Les femmes sont obligées de partir au fleuve puiser de l’eau, pour ensuite la traiter [contacté par France 24, l’un des adjoints au maire de Gao, Bossou Albachar Touré, a assuré que l’approvisionnement en eau devrait être rétabli dans les prochains jours grâce à la livraison de nouvelles pompes]. Il n’y a de l’électricité que tous les deux jours, et encore, seulement de 18h à 23h30. Et c’est pareil dans tous les quartiers de Gao. Si les choses ne sont pas rétablies dans deux semaines, certains disent qu’ils vont utiliser tous les moyens pour aggraver la situation. Nous, les organisateurs de cette manifestation, tentons d’apaiser les choses en trouvant une issue politique. Mais la tension est très vive ; on est au bord du naufrage.
 
 
 
Article écrit avec la collaboration de François-Damien Bourgery, journaliste à France 24.