Vue d'Agadez. Photo publiée sur Wikimedia Commons.
 
Le Niger a été frappé par un double attentat à la voiture piégée jeudi 23 mai. La première attaque a visé une caserne militaire à Agadez. La deuxième a eu lieu à Arlit, contre une usine d'une filiale d’Areva. Sur place, nos Observateurs racontent.
 
Il était environ 4h30 ce jeudi matin lorsqu’un véhicule bourré d’explosifs a explosé devant l’entrée de la caserne militaire d’Agadez, dans le centre du Niger. Des combats s’en sont suivis. Selon un dernier bilan, 20 militaires auraient été tués. Les autorités locales ont par ailleurs rapporté qu’un assaillant était toujours retranché dans l'après-midi dans le camp avec des otages.
 
Presque au même moment, un deuxième attentat-suicide s’est produit à proximité d’Arlit, une ville minière située à environ 200 kilomètres au nord d’Agadez. Cette fois, c’est une usine de Somaïr (Société des mines de l'Aïr), une filiale d’Areva, qui a été attaquée. Un dernier bilan fait état d'un mort et de plusieurs blessés.
 
Les deux attaques ont été revendiquées par les terroristes du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). "Nous avons attaqué la France et le Niger pour sa coopération avec la France dans la guerre contre la charia", a déclaré à l’AFP son porte-parole, Abu Walid Sahraoui, faisant allusion au conflit au Mali où les deux pays sont actuellement engagés.
 

"Depuis l'engagement de notre pays dans la guerre au Mali, on se disait que ça allait arriver"

Mohamed ag Souleymane habite à 400 mètres de la caserne attaquée à Agadez. 
 
Vers 4h30, on a entendu une grosse explosion. C’était la voiture piégée. Puis se sont enchaînés pendant plus d’une heure et demie des rafales de tirs à l’arme légère et des explosions beaucoup plus bruyantes. Le calme est maintenant totalement revenu dans le reste de la ville, la circulation a repris. La zone de la caserne est en revanche quadrillée par des 4x4 de soldats. Ils sont partout le long du camp militaire et on ne peut pas s’approcher.
 
Quand on a entendu l’explosion ce matin, on se doutait bien que c’était une attaque terroriste. Depuis notre engagement dans la guerre au Mali, on se disait que ça allait arriver. La frontière du Niger, notamment au nord, est extrêmement poreuse. Ici, c’est entrée libre ! On n’est pas en Europe, ce n’est pas parce qu’il y a un danger que les dispositifs sécuritaires sont améliorés.
 
 

"Si le kamikaze avait fait dix mètres de plus, il y aurait eu beaucoup plus de dégâts"

 
Moussa Mohamed est animateur dans une radio locale à Arlit. 
 
Je me suis rendu à l’hôpital où les ouvriers blessés par l’attentat ont été pris en charge. Ils étaient en train de se changer dans un vestiaire proche de l’endroit où le véhicule a explosé. Ils m’ont raconté que le kamikaze s’est présenté à l’entrée de l’usine vers 4h45 et a tenté de se faire passer pour un lieutenant de l’armée. Il était dans un 4x4. Il a profité du passage d’un bus qui transporte les employés de l’usine pour accélérer et entrer de force.
 
Il a parcouru quelques mètres avec son véhicule et s’est fait sauter. Il y a eu une cinquantaine de blessés, dont un grave [l’entreprise Areva parle d'un mort qui a succombé à ses blessures et de 14 blessés dans un communiqué publié dans l'après-midi]. Mais ça aurait pu être beaucoup plus grave ! Les gens à qui j’ai parlé m’ont dit que si le kamikaze avait fait dix mètres de plus, il aurait fait exploser des réservoirs contenant du gasoil et des produits chimiques. Et là, il y aurait eu beaucoup de dégâts.
 
À Arlit, tout le monde en parle. Tout le monde a peur. Là, ça s’est passé à 6 kilomètres du centre-ville, mais les gens craignent qu’Arlit soit directement ciblée. Surtout, ils se demandent comment une telle chose a pu se produire. Parce que l’usine, comme tous les sites miniers des alentours, est censée être sécurisée. Il y a des militaires qui la protègent. Ils sont une vingtaine, à l’intérieur et autour. Si ça a pu se produire là, ça peut très bien arriver partout.
 
Article écrit avec la collaboration de François-Damien Bourgery (@FDBourgery), journaliste à France 24.