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Photo : Aladin Abaker, postée sur Facebook par Assaf.
 
Le client d’un restaurant soudanais de Tel Aviv a pris en photo un inspecteur municipal détruisant la marchandise de l’établissement en l’aspergeant d’eau de javel. La même opération a été menée dimanche dans une dizaine d’autres échoppes de la ville tenues par des migrants africains. Pour notre Observateur, il s’agit d’un énième stratagème pour pousser hors du pays les migrants venus d’Afrique.
 
Actuellement, plus de 50 000 demandeurs d’asile vivent en Israël, la plupart à Tel Aviv. S’ils bénéficient de papiers leur permettant de rester sur le territoire, la très grande majorité d’entre eux n’ont pas l’autorisation de travailler. Toutefois ils s’arrangent pour trouver des emplois non déclarés, notamment dans le nettoyage, bien souvent payés une misère, et les autorités israéliennes ferment les yeux. Certains s’en sortent toutefois un peu mieux : selon les autorités de Tel Aviv 150 affaires, la plupart situées dans le sud de la ville, sont tenues par des migrants africains ne bénéficiant d’aucune licence.
 
Selon l’ONG Assaf, qui milite pour les droits des migrants africains, il y a deux moyens de monter un business pour les immigrés. Soit en obtenant un permis de travail - ce qui est extrêmement difficile - soit en s’associant officieusement avec des prête-noms israéliens.  
 
Lors de l’opération de dimanche, les inspecteurs municipaux étaient accompagnés de policiers. Dans certains établissements, ils ont confisqué du matériel et ont parfois fait sceller les portes d’entrée. Un des hauts repsponsables de la municipalité de Tel Aviv, Ruby Zaluf, a affirmé que l’objectif était d’ "éradiquer le phénomène indésirable des commerces illégaux, qui ne répondent pas aux normes sanitaires ou sécuritaires, se fournissent illégalement en eau et en électricité, et vendent de l’alcool sans autorisation ".
 
Selon un des représentants d’Assaf, Orit Marom, toutes les semaines des établissements sont concernés par des opérations, mais des raids d’une telle échelle sont rares : "C’est probablement lié au fait que les élections municipales sont pour bientôt" conclut-elle. Le maire de Tel Aviv sera en effet candidat à sa propre succession en octobre 2013.
 
Depuis un an, les manifestations contre la présence des migrants africains ainsi que les actes de violences contre cette communauté se sont multipliés en Israël. 
 
Une cliente d’Abdalla Mustafa regarde les inspecteurs municipaux détruirent la nourriture du restaurant. Photo Aladin Abaker, postée sur Facebook par Assaf.

"Ils ont aspergé d’eau de javel 200 kilos de viande"

Abdalla Mustafa est le propriétaire d’un restaurant soudanais inspecté dimanche. Issu de la première grande vague de migration soudanaise en 2006, il est l’un des quelques 500 migrants soudanais ayant réussi à obtenir un permis de travail à son arrivée.
 
Les autorités sont venues dimanche en plein dîner et nous ont dit que notre nourriture n’était pas fraîche et donc impropre à la consommation. Ils ne nous ont absolument pas expliqué comment ils en étaient venus à cette conclusion. J'ai repliqué que la marchandise fraîche avait été achetée la veille et l’avant-veille, tout le reste étant dans les congélateurs. J’ai sorti mon autorisation, mais ça ne leur a pas suffit. Je leur ai aussi dit que je pouvais donner le numéro de mon boucher mais ils ont refusé.
 
Ils ont ensuite commencé à déverser de la javel sur la nourriture. Ils ont aspergé au moins 200 kilos de viande congelée [après la diffusion des photos de cette opération sur les réseaux sociaux, le ministère de la Santé a expliqué que de la nourriture avait été détruite, sans préciser dans quel restaurant, car elle était stockée à une mauvaise température et qu’on n’en connaissait pas l’origine, NDLR]. Ils n’ont pris aucun échantillon pour faire des analyses. Puis ils m’ont expliqué que je pouvais garder le restaurant ouvert et qu’ils m’appelleraient pour me donner d’autres instructions.  
 
Ils font cela simplement car ils ne nous aiment pas car nous ne sommes pas Israéliens. L’administration me demande en permanence de refaire ma licence, ce que j’ai fait plusieurs fois depuis que j’ai ouvert l’établissement il y a deux ans, mais ce n’est jamais assez. Ils harcèlent les entrepreneurs africains afin qu’ils quittent le pays. Et ça fonctionne. Beaucoup de Soudanais ont jeté l’éponge récemment. Personnellement, je souhaite retourner en Afrique. Ce n’est pas une vie ici !
 
 
Photos : Aladin Abaker, postées sur Facebook par Assaf.
 
Bille écrit avec la collaboration de Gaëlle Faure (@gjfaure).