Observateurs
Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.
 
 
Frappé, couvert de bleus, dénudé et promené pendant trois kilomètres avec une corde au cou : c’est l’humiliation subie par un Syrien alaouite à Tripoli au Liban lundi après-midi, dans un quartier sunnite de la ville. Ses agresseurs le soupçonnaient d’être lié au régime syrien.
 
L’homme a été attaqué alors qu’il était au souk Dahab de Tripoli, deuxième ville du Liban, située au nord du pays, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière syrienne. Ce marché est un lieu de rendez-vous des salafistes sunnites de la ville. Selon nos Observateurs sur place, les hommes qui l’ont interpellé estimaient qu’il était en possession d’un papier témoignant de son appartenance aux services secrets syriens. L'homme a été mis à nu par ses agresseurs, qui ont écrit sur son torse : "je suis un shabiha alaouite", en référence aux shabihas de Syrie, des milices à la solde du régime. Après l’avoir violemment frappé, puis l’avoir exhibé dans les rues, les agresseurs ont mené l'homme auprès des services de renseignement de l’armée, qui l’ont interrogé et relâché.
 
ATTENTION: Cette vidéo peut choquer.
 
Cette vidéo amateur a été relayée par de nombreuses chaines de télévision libanaises. 
 
Tripoli est peuplée à 80% par des sunnites, très majoritairement opposés au régime de Bachar al Assad. Mais la ville compte également un quartier alaouite, Jabal Mohsen, favorable au président syrien lui-même tenant de cette branche du chiisme. Depuis mai 2012, en marge du conflit syrien, elle est régulièrement le théâtre d’affrontements entre des milices de Bab el-Tebbaneh, quartier populaire acquis à la cause de la révolution syrienne, et des miliciens alaouites de Jabal Mohsen. Pour notre Observateur, l’interpellation de cet homme lundi sonne comme un avertissement des sunnites envers les alaouites qui s’aventureraient dans certains quartiers de la ville.

"C’est un message aux Alaouites pour leur dire que toute personne soupçonnée d’être liée au régime syrien peut subir le même sort"

Abou Baker (pseudonyme) est sunnite et vit à Tripoli, où il travaille dans la communication.
 
Je n’étais pas sur place lors de l’arrestation de l’homme, mais j’ai parlé avec des témoins. Sur le marché, un enfant l’a entendu parler, a reconnu son accent syrien et en a informé des adultes. Les salafistes ont alors interpellé l’homme et lui ont demandé ses papiers. Il avait une carte d’identité syrienne et un laisser-passer qui lui permet d’aller et venir entre les deux pays, mais sûrement pas une carte des services secrets du régime comme on a pu l’entendre. S’il avait effectivement été un espion, il ne se serait jamais promené avec de tels papiers sur lui !
 
Cet homme n’avait donc rien à voir avec le régime d’al Assad, il était juste syrien. Pour moi, il n’y avait aucune raison qu’il se fasse arrêter. Des alaouites travaillent chaque jour à Tripoli en bonne entente avec des sunnites. Outre les périodes d’affrontements que connaît la ville au gré de l’actualité du conflit en Syrie, il arrive qu’il y ait parfois des incidents de ce genre. Pour moi, le but de ceux qui l’ont arrêté et lynché est simple : c‘est une façon d’envoyer un message aux alaouites pour leur dire que toute personne soupçonnée d’être liée au régime syrien peut subir le même sort .
 
Les salafistes l’ont ensuite conduit auprès des autorités en charge du renseignement. Le fait qu’aucune force de police ne soit intervenue alors qu’il était promené corde au cou et qu’on voyait qu’il avait été frappé, montre une fois encore l’incapacité de l’Etat libanais à contenir les tensions dans les rues de Tripoli.