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Photo prise lundi dans le quartier de Koumassi à Abidjan où des manifestants ont contesté les premiers résultats.
 
En Côte d’Ivoire, les lendemains d’élections locales ont laissé place à la confusion et aux violences. Dans certaines communes d’Abidjan, des urnes ont été détruites et des affrontements ont eu lieu entre les partisans de candidats mécontents des premiers résultats. Notre Observateur parle d'un "fiasco démocratique" et décrit la situation.
 
Depuis lundi, la Commission électorale indépendante (CEI) a commencé à livrer les résultats des élections municipales et régionales dans 93 communes du pays. Dans certaines circonscriptions, des violences ont éclaté à l'annonce des résultats, notamment dans le quartier d’Adjamé, au centre d’Abidjan.
 
Selon un Observateur sur place, la journée de lundi a été particulièrement tendue. Des partisans du candidat annoncé perdant ont tenté de saccager la mairie mais ont été repoussés à coups de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre. Depuis ces affrontements, la police a installé un périmètre de sécurité autour de l'établissement et les commerçants de la zone ont reçu l'ordre de fermer boutique.
 
Vidéo envoyée par un Observateur montrant la présence policière renforcée devant la mairie à Adjamé .
 
Des scènes similaires ont eu lieu à Yamoussoukro au nord du pays et dans d’autres communes d’Abidjan comme à Koumassi, au sud de la ville, où des tirs ont été entendus mardi soir. Les manifestants ont également bloqué plusieurs routes, perturbant fortement la circulation. À Treichville, dans le sud de la capitale, la CEI a déclaré être incapable d’annoncer les résultats, les urnes contenant les bulletins de vote ayant été dérobées lundi par des manifestants mécontents des premières estimations.
 
Les résultats ne sont toujours pas connus dans 104 communes du pays dont 13 à Abidjan. Le taux de participation final devrait se situer autour de 30% selon la comission électorale.
 
À Treichville, les urnes entreposées dans un centre de compilation des résultats ont été vidées par des manifestants. Photo publiée sur Facebook.

"Les Ivoiriens n’ont pas suffisamment de maturité politique pour accepter les résultats d’un scrutin démocratique"

Suy Kahofi est blogueur à Abidjan.
 
Ce n’est pas étonnant qu’il y ait des tensions à Adjamé et à Treichville : ces deux communes sont représentatives des tensions post-électorales actuelles car ce sont deux circonscriptions que se disputent le PDCI [Parti démocratique de Côte d'Ivoire, NDLR] d'Henri Konan Bédié et le RDR [Rassemblement des républicains de Côte d'Ivoire, NDLR] d’Alassane Ouattara depuis bientôt 15 ans. Ces deux partis sont normalement alliés depuis l’élection présidentielle de 2010 au sein du RHDP [Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, NDLR]. Mais c’est une coalition de circonstance qui a volé en éclats à l’approche du scrutin local.
 
Les campagnes ont été marquées par des sabotages d'affiches de candidats et des intimidations. La tension était tellement importante que les caravanes d'animation des candidats préféraient s'éviter ! J’ai recensé plusieurs cas d’invectives de la part de candidats qui ont clairement attisé les tensions pendant la campagne : le sécrétaire général du parti d’Alassane Ouattara a vivement critiqué les candidatures indépendantes d’ex-RDR en parlant de "rebelles qui ne savent ni d’où ils viennent et où ils vont" et en les traitant de personnes "sans tuteur et dangereuses" !
 
À Koumassi, un candidat ministre a incité ses partisans à s’en prendre aux militants de son rival, créant des bagarres lors de rassemblements [le porte-parole du RDR a indiqué à RFI que leurs candidats battus devaient reconnaître leurs défaites, NDLR].
 
À Koumassi, les manifestants ont continué mardi à ériger des barrages pour manifester leur mécontentement.
 
"Ça fait dix ans qu’on prépare ces élections municipales, mais il y a quand même des violences à l’arrivée"
 
Cette crise post-électorale montre avant tout que les Ivoiriens n’ont pas acquis une maturité politique suffisante pour accepter les résultats d’un scrutin démocratique [entre 2010 et 2011, la Côte d’Ivoire a connu une crise politique après le refus de Laurent Gbagbo de laisser sa place au président élu, Alassane Ouattara, NDLR].
 
Il y a surtout un manque de pédagogie de la part des leaders politiques qui arrivent avec des moyens financiers importants et mettent dans la tête de leurs partisans qu’il est impossible de perdre. C’était la première fois que des élections couplées (municipales et régionales) étaient organisées en Côte d’Ivoire et très peu de candidats ont pris le soin d’indiquer à leurs militants et sympathisants comment voter. Ça fait dix ans qu’on prépare ces élections municipales, mais il y a quand même des violences.
 
Beaucoup ont essayé d’expliquer que cette élection était un échec de la politique de la coalition au pouvoir [Les partisans du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo qui a boycotté le scrutin, ont qualifié ces élections "d’échec total", NDLR]. Mais même au sein du FPI il y a eu des dissensions puisque certains de ses membres n’ont pas suivi la ligne du parti, se sont présentés et ont même été élus dans des villes du sud-est de la Côte d’Ivoire.