Observateurs
Voiture calcinée devant l'ambassade de France à Tripoli. Crédit @Eh4b10.
 
L'ambassade de France à Tripoli a été la cible d'un attentat à la voiture piégée ce mardi matin. Dans un communiqué, la présidence française a annoncé que deux gendarmes affectés à la sécurité du bâtiment ont été blessés. Nos Observateurs sont à la fois surpris et inquiets de voir un attentat se produire dans la capitale. Ils assurent qu'il n'y pas de sentiment anti-français.
 
Vidéo tournée quelques minutes après l'attentat, envoyée par nos Observateurs.
 
Carcasse de la voiture piégée après la déflagration.Image envoyée par un Observateur.
 
Les restes du moteur de la voiture piégée. Image Observateur.
 
"Bien que j’habite à trois rues de l’ambassade, les vitres de la maison et de ma voiture ont été soufflées"
 
Amira El Aribi est dentiste à al-Andalus, le quartier des ambassades à Tripoli 
 
Il était 7 heures passées quand j’ai entendu l’explosion. Elle était si puissante que, bien que j’habite à trois rues de l’ambassade, j’ai ressenti une légère secousse et les vitres de la maison et de ma voiture ont été soufflées. Je suis montée sur le toit et j’ai vu de la fumée noire monter dans le ciel.
 
J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’un attentat à la bombe. Avec la guerre, on est devenu des experts pour distinguer un tir de mortier d’une explosion. Beaucoup de maisons alentours ont été touchées, ainsi que le cabinet dans lequel je travaille. Durant les 20 premières minutes qui ont suivi l’attentat, les riverains avaient peur. Personne ne voulait sortir de chez lui par crainte d’une nouvelle explosion. Mais une fois rassurés, ils ont aidé à éteindre le feu causé par l’explosion, en attendant que les secours arrivent.
 
"Nous n'avons pas l’habitude de ce genre d’attaques à Tripoli"
 
J’ai été étonnée d’apprendre que c’est l’ambassade de France qui était visée. Ce bâtiment est d’habitude l’un des mieux gardés ici.
 
Les gens du quartier sont à la fois choqués et en colère. Contrairement à Benghazi, nous n’avons pas l’habitude de ce genre d’attaques à Tripoli, encore moins dans un quartier résidentiel comme le nôtre. Mais nous attendons de connaître les motifs de cette attaque. Nous saurons alors si nous devons réellement nous inquiéter pour notre sécurité à l’avenir, ou si c’est un juste un attentat isolé.
 
Une foule de Libyens sur les lieux de l'attentat. Crédit
@Eh4b10.
 
La rue où est située l'ambassade quelques instants après la déflagration. Crédit @Eh4b10.
 
"Il n’y a pas de sentiment anti-français à Tripoli"
 
Mohammed habite à Tripoli, dans le quartier de l'ambassade de France. 
 
C’était le chaos ce matin dans le quartier. Il y avait des débris partout et du sang. En plus des deux gardes de l’ambassade, une dizaine de personnes parmi les habitants ont été blessées. Pour la plupart, les blessures étaient légères sauf pour une adolescente qui a été transférée en Tunisie pour y être soignée.
 
"Désormais, on n’est même plus en sécurité chez soi"
 
Il n’y a pas de sentiment anti-français à Tripoli, cette attaque nous a surpris. Je pense que cela s’inscrit plutôt dans le climat général d’insécurité, vu que le pays est en pleine transition. Je ne suis pas du genre à paniquer mais lorsque j’ai senti l’explosion ce matin, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que désormais, on n’est même plus en sécurité chez soi.
 
L'ambassade de France après l'attentat. Crédit @Eh4b10
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"Des habitants avaient demandé la délocalisation de l’ambassade loin des zones résidentielles"
 
Abdel Halim Amrooni est bloggeur du LibyaBlog et vit à Tripoli. 
  
Selon des voisins, une petite fille de deux ans et une adolescente de 16 ans ans sont parmi les blessés. Cela a certainement accentué la tension au sein de la population du quartier. 
 
Dès que j’ai entendu la nouvelle de l’attentat je me suis dirigé vers l’ambassade de France et j’ai pu discuter avec des gens qui habitent à proximité des lieux.  Une personne m’a affirmé que les habitants "ne souhaitent le maintien d’aucune ambassade dans le quartier résidentiel", et qu'ils avaient demandé à plusieurs reprises la délocalisation de l’ambassade loin des zones résidentielles. 
 
Cette même personne a affirmé que l’ambassade de France avait reçu plusieurs menaces d’attentats auparavant, tout en se demandant qui assumera la responsabilité en cas de mort d’homme dans des évènements similaires. 
 
 
 
 
Les pompiers qui arrivent sur les lieux. Crédit @Eh4b10.
 
Autour de l'ambassade après l'attentat. Crédit : Sarah Harb
 
"J’espère que cet attentat ne fera pas renoncer les Français à de futurs projets en Libye"
 
Afonso Amandio est un entrepreneur français qui travaille dans l’industrie alimentaire. Il vit à Tripoli.
  
C’est un triste évènement qui advient juste au moment où les Français commencent à revenir en Libye et investir dans le pays. J’espère que cet attentat ne leur fera pas renoncer à de futurs projets ici. Personnellement, je ne me sens pas menacé ici. Cet attentat reste pour moi un incident isolé, il ne trouve pas d’écho favorable chez la population libyenne qui veille sur nous.
 
 
Une voiture en feu est éteinte après l'attentat. Crédit : Sarah Harb 
 
Une foule de Libyens dans la rue face à l'ambassade. Crédit @Eh4b10.