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Photo publiée sur Facebook mardi 16 avril après que des membres de la Séléka ontt été tués à Boy Rab.
 
Excédés par les pillages et exactions dont ils sont victimes depuis la prise de pouvoir de l’alliance Séléka, certains Centrafricains n’hésitent plus à se faire justice eux-mêmes. Depuis lundi, sept soldats de l’ex-rébellion ont été tués dans le nord de la capitale. Un habitant de Bangui raconte la scène de lynchage dont il a été témoin.
 
Les sept soldats ont été tués entre lundi et mardi dans le quartier de Boy Rab, un quartier du nord de Bangui tandis que cinq autres ont été blessés selon un porte-parole de l’ex-rébellion. Toujours d’après le porte-parole, ces hommes auraient été lynchés par des civils et des hommes armés.
 
Pour tenter de rétablir l’ordre, le nouveau président Michel Djotodia a annoncé lundi le renforcement des mesures de sécurité à Bangui et le casernement de 1000 combattants de la Séléka, reconnaissant à demi-mot l’implication des éléments de l’ex-rébellion dans les violences. Par ailleurs, le Premier ministre Nicolas Tiangaye a demandé mercredi à la France de venir en aide aux autorités centrafricaines pour gérer cette situation.
 
Un sommet extraordinaire sur la Centrafrique doit se tenir demain, jeudi 18 avril, à N'Djamena au Tchad alors que l’ONU appelle au rétablissement urgent de l’état de droit dans le pays.
 
Des soldats de la Séléka entourent deux de leurs soldats, l'un mort (en dessous, t-shirt rouge) et l'autre blessé par jet de pierre à la tête (à gauche).

"Cet acte traduit un esprit de vengeance qui anime beaucoup de Centrafricains aujourd’hui"

 
Patrick V. (pseudonyme) habite à Boy Rab, dans le nord de Bangui, dans la zone Mandaba où un membre de la Séléka a été tué par les habitants. La scène s’est déroulée devant chez lui.
 
Le matin même dans le quartier, il y avait eu des opérations de désarmements menées par la Force multinationale d'Afrique centrale [En collaboration avec la Séléka, la FOMAC est chargée de désarmer les combattants indisciplinés de l’ex-rébellion qui sont actuellement dispersés dans la ville] et le calme semblait être revenu. J’avais mis ma famille à l’abri lundi matin dans un quartier au sud de Bangui et je venais de rentrer chez moi pour sécuriser ma maison.
 
J’étais devant mon domicile lorsque j’ai aperçu un membre de la Séléka en uniforme, tout seul mais toujours armé, pris à parti par quatre jeunes du quartier qui lui lançaient des pierres. Le soldat a tiré en l’air avec son fusil, puis à mesure qu’il recevait des coups de pierres, il s’est retrouvé totalement désarçonné. Les jeunes lui ont sauté dessus, l’ont frappé, puis ils ont récupéré son arme pour le tuer à bout portant.
 
Des dizaines de personnes sont ensuite arrivées pour passer à tabac le soldat en lui donnant des coups de pieds alors qu’il gisait mort par terre. Puis la foule s’est dispersée car un véhicule de la Séléka est venu récupérer le corps et tirer quelques coups de fusil pour manifester leur mécontentement après le décès d’un des leurs.
 
Les témoins de la scène affirment que c'est le membre de la Séléka au t-shirt rouge qui a été tué par les civils.
 
"Le reste de la population paye pour les anciens militaires qui cachent encore leurs armes"
 
Le quartier de Boy Rab est particulièrement visé par les membres de la Séléka [de nombreux domiciles ont été pillés ces derniers jours] car il est réputé pro-Bozizé et surtout c’est ici qu’habitent beaucoup d’anciens officiers militaires, des membres de l’administration et des hommes d’affaires proches de l’ancien président. Le nouveau gouvernement considère cette zone comme une poche de résistance qui tenterait d’organiser le retour de l’ex-président. S’il y a peut-être encore des militaires qui cachent leurs armes parmi nous, c’est finalement le reste de la population qui paye pour eux.
 
Je connais ces jeunes qui ont tué ce membre de la Séléka : ce sont des petits artisans qui avaient été pillés récemment. Si rien ne justifie ce qu’ils ont fait, leur acte traduit un esprit de vengeance individuelle qui anime beaucoup de Centrafricains aujourd’hui. L’atmosphère est suffocante. Nous avons le sentiment qu’il n’y a plus de justice dans notre pays, et que la seule façon d’être satisfait, c’est de se faire justice soi-même.
 
Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.