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Le président du Congo Denis Sassou Ngesso arrive ce week-end à Paris pour une visite officielle de cinq jours. Comme à son habitude, il aura droit à un bain de foule à son arrivée samedi à l’aéroport du Bourget. Un accueil pas tout à fait désintéressé à en juger par cette vidéo qui montre un rabatteur essayant de recruter des supporters du président congolais moyennant rémunération.
 
Sur la vidéo, postée sur YouTube par un ressortissant congolais installé en France, un jeune homme propose de l’argent à des personnes pour qu’ils se rendent à l’aéroport samedi accueillir le président. Les images ont été filmées à Paris Gare du Nord, le 4 avril, à l’insu du rabatteur.
 
 
La vidéo a été diffusée et sous-titrée par Brazzanews. France 24 a décidé de flouter le visage du rabatteur.
 
Contacté par France 24, Danyel Dubreuil un militant de Survie, une association française qui lutte contre la corruption et qui a poursuivi en justice plusieurs présidents africains dans le cadre de l’affaire des biens mal acquis, affirme que "ce genre de racolage est pratiqué par beaucoup de dirigeants africains ". Il cite notamment le Cameroun, la République démocratique du Congo, et Madagascar.
 
Et d’expliquer : "À l’approche de chaque visite présidentielle, des réseaux s’activent pour recruter des supporters. Dans le cas du Congo, ce procédé sert à fabriquer des images destinée à la propagande locale, pour dire que le président reste très populaire même si sa réputation est entachée par des soupçons de détournement de l’argent public. En général, les ressortissants africains en France qui militent activement dans l’opposition sont systématiquement surveillés par ces mêmes réseaux mis en place par leurs régimes respectifs. "
 
Contactées par FRANCE 24, les autorités congolaises ont refusé de s’exprimer sur ces images.

"Ils ne sont pas nombreux à refuser 200 euros pour applaudir cinq minutes le président à l’aéroport"

Anicet M. (pseudonyme) est l’auteur de cette vidéo. Il milite au sein de l’opposition congolaise à Paris.
   
Je me trouvais Gare du Nord, hier après-midi [le 4 avril], avec un groupe d’amis quand un jeune nous a accostés pour nous demander de nous rendre en bus samedi à l’aéroport du Bourget pour applaudir Sassou Nguesso à son arrivée, en échange d’une rémunération. Mais il est tombé sur les mauvaises personnes car nous étions justement de retour d’une réunion d’opposants qui portait sur une manifestation qui doit se tenir lundi à Paris pour dénoncer son régime. L’occasion était donc trop belle pour moi de prouver cette tentative de corruption et j’ai alors discrètement commencé à filmer la scène avec mon téléphone portable.
 
Au cours de cette conversation, le jeune ne nous a pas indiqué le montant de la rémunération. Mais des amis qui ont eu les mêmes sollicitations m’ont dit qu’on leur a proposé entre 150 et 200 euros. Le rabatteur nous a proposé de nous inscrire sur une liste où figurent les participants à ce déplacement. Il nous a aussi donné rendez-vous aujourd’hui à 10 heures du matin dans un restaurant près de la gare pour nous briefer sur le déroulé du rassemblement.
 
Il s’agit malheureusement d’une pratique courante. À chaque fois que le président du Congo s’apprête à visiter Paris, ses soutiens se déploient dans les milieux congolais, les bars et les restaurants qu’ils fréquentent, pour demander aux gens ce genre de "services". Néanmoins, ils ne visent pas uniquement mes concitoyens mais s’adressent aussi aux ressortissants d’autres pays africains, comme les Camerounais, les Congolais de Kinshasa, etc. Malheureusement, ça fonctionne et nombreux sont ceux qui acceptent d’aller accueillir le chef d’Etat dans ces conditions. 200 euros pour applaudir cinq minutes à l’aéroport, c’est quand même très tentant.
  
Je pense que l’argent qui sert à payer le comité d’accueil est acheminé par des députés de la majorité présidentielle qui se rendent à Paris quelques jours avant la visite du président afin de recruter des jeunes soutiens qui, à leur tour, embauchent ces supporters d’un jour.