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Notre Observateur s’est rendu dans le camp de déplacés de Mugunga, près de la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Des dizaines de milliers de Congolais fuyant les combats qui font rage dans cette région de l’est de la RDC y ont trouvé refuge. Mais la violence les a rattrapés.
 
Mugunga, à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Goma, est une ville de tentes blanches plantées dans la terre battue. Plus de 90 000 personnes vivent là, réparties dans trois camps : Mugunga I, Mugunga II et Mugunga III. Elles ont fui les affrontements qui opposent régulièrement depuis près de vingt ans plusieurs factions armées.
 
En janvier dernier, le Haut Commissariat de l'ONU (UNHCR) comptait plus de 2,2 millions de déplacés à l’intérieur du pays. Installées dans des camps gérés par des ONG internationales, ces personnes ne sont pas pour autant à l’abri d’exactions. Début décembre, des hommes armés ont ainsi fait irruption à Mugunga III pour piller le peu de biens et de nourriture que possèdent les déplacés. Six ou sept femmes ont été violées. L'ONG Médecins sans frontières affirme avoir enregistré et traité 95 cas de violences sexuelles entre décembre et janvier pour ce même camp.
 
En RDC, le viol est devenu une arme de guerre. Environ 5 000 femmes en ont été victimes au Nord-Kivu depuis janvier 2012, rapportait ainsi en octobre dernier l’ONG Heal Africa à l’hebdomadaire Jeune Afrique. Un chiffre effrayant lié au regain d’instabilité dans la région et à la montée en puissance de nouveaux groupes armés, dont le M23 et les Maï-Maï de l’APCLS (Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain). Les soldats des forces gouvernementales, les FARDC (Forces armées de RDC), sont aussi régulièrement pointés du doigt. Mercredi 27 mars, le sous-secrétaire général de l’ONU pour les missions de paix, Hervé Ladsous, a lancé un ultimatum aux autorités de RDC pour que 126 cas de viols commis en novembre 2012 par deux bataillons des FARDC ne restent pas impunis.

"Les auteurs de ces viols sont presque toujours des hommes en uniformes"

 
Charly Kasereka est journaliste et blogueur. Il s’est rendu récemment dans le camp de Mugunga pour y faire un reportage sur la situation humanitaire des femmes déplacées.
 
 
J’ai rencontré des femmes qui m’ont rapporté des cas de viols, à l’extérieur et à l’intérieur du camp. Les femmes se font parfois violées quand elles sortent du camp pour aller chercher du bois de chauffe dans le parc de Virunga, situé à proximité. Récemment, deux femmes ont été enlevées et violées. Elles ne sont rentrées qu’au bout de trois jours. [Contacté par FRANCE 24, le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés (UNHCR) à Goma confirme ces cas de viols, perpétrés par des militaires. Malgré la présence de la police nationale congolaise, celle-ci n’est pas en nombre suffisant pour protéger les déplacés, explique-t-il.]
 
 
Les auteurs de ces viols sont presque toujours des hommes en uniformes. Dans quelques cas, il s’agit de membres des FARDC que le gouvernement a positionnés autour des différents camps de déplacés de Goma pour les protéger. D’autres victimes ont identifié des soldats des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda).
 
La semaine dernière, un nouveau viol a été commis à quelques mètres du camp contre une petite fille de deux ans. Le coupable a été arrêté. Il s’agissait d’un jeune homme originaire de Goma.
 
La prostitution est également monnaie courante. J’ai rencontré des femmes qui m’ont raconté devoir se prostituer pour nourrir leurs enfants. Avec les 2000 francs CFA (moins de 2 euros) que ces prestations leur rapportent, elles leur achètent du lait. Leurs "clients" les paient grâce à l’argent qu’ils ont récolté en vendant leurs propres rations de nourriture.
 
Il y a un vrai problème de nourriture à Mugunga. La distribution des rations est censée avoir lieu tous les mois, mais parfois le délai est dépassé. Les organisations humanitaires se justifient en disant qu’elles n’ont pas été livrées à temps. Une déplacée que j’ai rencontrée m’a même affirmé que les rations ne duraient que quinze jours. Un commerce parallèle se développe. Les déplacés vendent leurs rations pour pouvoir varier leur alimentation ou acheter d’autres produits, tels que du bois de chauffe.