Un combattant tunisien venu faire le djihad en Syrie où il a perdu la vie. Photo issue de cette vidéo.
 
Plusieurs milliers de djihadistes étrangers combattent en Syrie contre les forces de Bachar al-Assad. Abou Ayman, un jeune architecte tunisien, a ainsi tout quitté pour mener la guerre sainte à des milliers de kilomètres de chez lui.
 
Les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) tiennent un discours d’ordre nationaliste, concentré autour d’un seul thème : la chute du régime de Bachar al-Assad. Les groupes armés djihadistes, notamment le plus connu, Jabhat al-Nosra (Front du soutien), combattent, eux, au nom de l’islam. Et ils font de plus en plus d’émules. 
 
Signe de leur influence, depuis quelques semaines, des vidéos rendant hommage aux "mouhajirins" (djihadistes étrangers) tombés en Syrie sont diffusées régulièrement sur les réseaux sociaux. Ces combattants de l’islam ne se cachent plus et affichent ouvertement leurs objectifs.
 
Hommage aux djihadistes tunisiens tombés en Syrie.
 
Au début de la révolte, le régime baasiste a clairement joué la carte confessionnelle, dénonçant à longueur de discours les "terroristes" islamistes qui tentaient de déstabiliser le pays. Des affirmations au départ dénuées de fondements tant que la rébellion était pacifique, mais qui sont devenues réalité à mesure que le conflit s’est enlisé. L’inaction de la communauté internationale et l’absence d’aide à la rébellion ont poussé certains rebelles dans les bras des groupes djihadistes. Elles ont surtout incité les révolutionnaires à fermer les yeux sur l’arrivée de combattants étrangers. Le contexte régional, avec le retour en force de l’islam politique et l’avènement de pouvoirs islamistes dans les pays du "Printemps arabe", a également favorisé le recrutement de combattants pour la Syrie.
 
Les premiers djihadistes à rejoindre la Syrie arrivaient avec une expérience guerrière acquise sur des terrains comme l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, Gaza ou même le Caucase. Une expertise qui manquait cruellement aux rebelles de la première heure. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Beaucoup de jeunes inexpérimentés prennent désormais le chemin de la Syrie.

"Sans aucune aide, on a pris un vol pour Amman"

Abou Ayman était architecte en Tunisie. Il a été recruté par l’unité Ansar al-Chariaa, une katiba proche du groupe djihadiste Jabhat al-Nosra considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis.       
 
Ma décision s’est imposée d’elle-même. On a des textes qui nous parlent de notre devoir de djihad et de 'nousrat ahl al-Cham' [assistance à la population de la Syrie historique]. C’est une question idéologique pour moi.
 
Avec deux de mes voisins à Tunis, qui sont tous les deux diplômés de l’université, on a donc décidé de rejoindre la Syrie dans le but d’aider une population en détresse. Ce sont les atrocités commises par le régime de Bachar al-Assad que nous avons vues sur toutes les chaînes de télévision qui nous ont décidé à agir.
 
Alors, sans aucune aide et sans aucune organisation, on a pris un vol depuis Tunis vers Amman [la capitale jordanienne, NDLR] et on s’est tout de suite dirigé vers les points d’aides aux réfugiés syriens.

Deux jeunes Libyens sur un vol pour la Turquie avant de rejoindre la Syrie. Les deux sont morts. L’un dans un attentat contre un checkpoint de l’armée syrienne et le deuxième dans l’offensive de l’aéroport militaire de Taftanaz, à Alep. Photo de leur voyage postée sur Twitter.

Notre motivation première était d’aider, pas forcément à travers les armes. On était prêt à garder des enfants, à aider les personnes âgées, à faire à manger, à monter des tentes, etc.
 
"Le danger le plus sérieux venait des services de renseignements jordaniens"
 
Une fois sur place, très vite, on a établi le contact avec des rebelles syriens revenus [en Jordanie] pour rendre visite à leurs familles. Après une longue discussion, ils ont accepté de nous présenter à des personnes qui allaient nous aider à rentrer en territoire syrien. À partir de ce moment, le danger le plus sérieux venait des services de renseignements jordaniens, car on était facilement détectables à cause de notre accent et pleins d’autres détails qui trahissent notre nationalité.
 
Passer la frontière n’était pas difficile, mais une fois rentré en territoire syrien, on s’est séparé. Maintenant, chacun de nous se bat avec un groupe différent dans différentes zones du pays. J’ai fait du chemin depuis la frontière. Je suis aujourd’hui en première ligne dans les faubourgs de Damas [à Douma]. Mais je garde le contact avec mes compagnons de voyage de différentes manières, que je ne peux pas dévoiler.
 
Après avoir tout abandonné dans mon pays, mon seul souhait est de voir la victoire de la rébellion. Une fois cette victoire acquise, mon devoir sera accompli et je rentrerai chez moi retrouver ma famille et ma vie d’avant.  

Hommage à Abou Souhaïb, Tunisien de l’unité Ansar al-Chariaa, à Deir ez-Zor.

"Dans mon unité, il y a plusieurs nationalités : des Tunisiens, des Kosovars, des Tchétchènes"

Mohamed est le chef de l’unité Ansar al-Chariaa. 
 
Dans mon unité, qui compte un peu plus de 300 hommes, il y a beaucoup d’étrangers et on les accueille à bras ouverts.
 
Pour nous, le terme 'étranger' n’est pas adéquat, car on estime que tous les musulmans sont frères dans l’islam. Les "mouhajirins" sont les plus pieux et les plus motivés. Alors qu’ils n’y étaient pas obligés, ils ont laissé leurs biens et leurs familles pour venir se battre à nos côtés, donc ils sont encore plus méritants que les fils du pays, qui eux se battent pour leurs familles et leurs terres.
 
Certains ont tout vendu pour financer leur voyage et, une fois sur place, ils contribuent souvent à l’effort de guerre [achat d’armes, de munitions, de nourriture pour les combattants, etc.] ou pour aider la population.
 
Un djihadiste étranger motive ses compagnons et explique qu’il a tout laissé pour se battre pour l’islam lors du blocus de la brigade 138, à Alep.
 
"Hier, j’ai pris le thé avec un combattant français"
 
Dans mon unité, il y a plusieurs nationalités : des Tunisiens, des Kosovars, des Tchétchènes. On se bat côte à côte avec une unité qui compte des Américains, des Français, des Malaisiens, des Roumains, etc.
 
J’ai pris le thé récemment avec un combattant français. Cet homme de plus de 50 ans n’est pas d’origine arabe, c’est un blanc converti à l’islam qui a choisi de venir se battre avec nous contre le régime de Bachar al-Assad.
 
Nécrologie du djihadiste Abou Kamal, originaire de Suède (en anglais).
 
Nous ne sommes pas affiliés à Al-Qaïda. Nous ne sommes pas opposés à cette organisation, mais nous ne cautionnons pas les attentats contre des cibles civiles.
Billet rédigé avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à FRANCE 24.