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Au centre de l'image, la voiture du consul au moment de son départ précipité.
 
Mardi, le consul britannique dans les territoires palestiniens devait tenir une conférence dans une université de Cisjordanie portant, entre autres, sur les relations entre la Palestine et la Grande-Bretagne. Une "provocation", selon un groupe d’étudiants palestiniens qui l’a accueilli avec des slogans hostiles, le forçant à quitter précipitamment les lieux.
 
Selon un responsable consulaire, Sir Vincent Fean avait été invité par l’administration de l’université de Bir Zeit, une petite ville située à 25 km au nord de Jérusalem, pour parler avec les étudiants de la politique britannique dans la région et des perspectives d'une paix avec Israël.
 
Une centaine d’étudiants se sont alors mobilisés pour exprimer leur mécontentement à son arrivée. Quelques instants plus tard, la voiture du consul repartait sous les huées des protestataires qui brandissaient des drapeaux palestiniens. Sur son passage, le véhicule a été chahuté par les manifestants qui ont brisé un rétroviseur et plaqué contre les fenêtres des portraits de Samer Issawi, un prisonnier palestinien actuellement en grève de la faim.
 
 
Après l’incident, le consulat a affirmé qu’il voulait "souligner l’engagement profond de son pays pour la création d’un État palestinien et l’avancement du processus de paix en 2013. Malheureusement, le dialogue n’était pas possible mais le consul espère qu’il en aura à nouveau l’opportunité prochainement".
 
Contacté par FRANCE 24, le vice-président de l’université, Dr Bassam Al-Khatib, a expliqué comprendre les positions des étudiants tout en regrettant qu’ils n’aient pas choisi de les exprimer lors du débat.
 
 
Les manifestants ont scandé : "Quitte Bir Zeit !", ou encore : "Je suis un réfugié à cause de [la déclaration] Balfour", en référence à un texte rédigé en 1917 par la Grand-Bretagne en faveur de l'établissement d'un foyer national juif en Palestine.
 

"Nous considérons que la Grande-Bretagne est responsable de tout ce qu’endure le peuple palestinien aujourd’hui"

Taha Al-Afghani est le représentant du Mouvement de la jeunesse estudiantine, un mouvement étudiant rattaché au Fatah.
 
Le consul britannique était supposé faire une conférence à l’université de Bir Zeit sur les relations politiques entre la Grande-Bretagne et la Palestine. Nous avons estimé, au sein de notre mouvement, que le thème de cette conférence était provocateur car nous considérons que, de tout temps, ce pays s’est opposé aux intérêts palestiniens. C’est la Grande-Bretagne qui était en faveur de la création d’un foyer juif en Palestine en 1917 [via la déclaration Balfour, NDLR]. C’est aussi elle qui a occupé nos territoires jusqu’en 1948 [le mandat britannique en Palestine a duré de 1920 à 1948]. Enfin, la Grande-Bretagne ne soutient pas non plus la création d’un État palestinien puisqu’elle s’est abstenue lors du vote à l’ONU [ En novembre 2012, la Palestine a obtenu, suite à un vote, le statut d'État observateur.  La Grande Bretagne avait alors préféré appeler à rouvrir les négociations de paix entre Palestiniens et Israéliens]. Pour nous, ce pays est responsable de tous les problèmes qu’endure le peuple palestinien aujourd’hui.
 
Au départ, nous ne comptions pas mettre le consul dehors, mais uniquement protester pacifiquement, notamment durant la conférence en nous tenant debout avec des slogans en anglais hostiles à la Grande-Bretagne. Nous voulions aussi accuser l’administration de l’université d’avoir manqué de patriotisme en invitant le consul.
 
"Ce n’est pas parce que la Grande-Bretagne aide financièrement l’université qu’elle peut acheter notre silence"
 
Mais le président de l’université est sorti pour dire que ceux qui accusent l’administration de manquer de patriotisme ne sont eux-mêmes pas patriotes [selon le vice-président de l’université, le président a plutôt dit aux étudiants qu’ils n’étaient pas plus palestiniens que les responsables de l’université qui ont invité le consul]. Nous avons alors décidé de chasser le consul de notre université [selon le vice-président de l’université contacté par FRANCE 24, tous les étudiants n’était pas d’accord avec cette décision].
 
La Grande-Bretagne aide financièrement notre université, ce qui permet à des étudiants d’avoir des bourses en master ou en doctorat. Mais s’ils pensent pouvoir acheter notre silence avec ces subventions, ils ont tort. Ce dont les Palestiniens ont besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’argent mais d’une reconnaissance de leur État et de leurs droits.