Instable politiquement et exsangue économiquement, l’Égypte doit faire face à une nouvelle plaie : des nuées de criquets. Venus d’Afrique subsaharienne, ces insectes devaient poursuivre leur route vers l’Arabie saoudite en évitant la capitale. Mais un changement de vent a suffi pour qu’ils envahissent le ciel cairote. 
 
Cela fait trois mois que les criquets ont commencé à envahir l’Égypte. Partis du Soudan, les insectes ont d’abord atteint les bords de la mer Rouge, qu’ils ont remontée jusqu’à l’extrême nord, avant d’être déviés, fait rare, vers le Caire dont plusieurs quartiers sud ont été traversés par des dizaines de millions d’insectes, samedi.
 
Selon le ministère de l’Agriculture égyptien, le pays fait face depuis des années à des nuées de ce type d'insectes venus du Soudan voisin ou de Libye (des criquets sont déjà passés par l’Égypte en 2004, 2007 et 2011). Les autorités ont mobilisé les équipes régionales du département de lutte contre les criquets sur près de 15 000 hectares de cultures qu’elles estiment aujourd’hui menacés.
 

"Ils ont allumé des feux, notamment en brûlant des pneus, pour éloigner les criquets"

Hossam Abdelmajeed est programmateur à Al Moqattam, la banlieue sud du Caire.
 
Les autorités ne nous ont pas prévenus de l’arrivée des insectes au Caire. Elles n’avaient évoqué que des vents de sable. Du coup, quand j’ai vu, samedi après-midi, une large bande grise avancer vers le quartier d’Al Moqattam, j’ai d’abord pris cela pour des vents de sable. Mais à mesure qu’ils se rapprochaient, j’ai réalisé que c’était des criquets.
 
Les Cairotes ne sont pas habitués à de telles invasions. Je pense que le dernier passage de ces insectes doit dater de 2005. Mais ils n’ont pas paniqué pour autant. Ils ont allumé des feux, notamment en brûlant des pneus, pour éloigner les insectes. La fumée était assez dense, elle a obscurci le ciel. J’ai préféré du coup rentrer chez moi.
 
 
Selon le ministère, cette invasion est due à un changement de vent. Mais non seulement ils ne s’attardent pas sur les zones urbaines, mais le sud de la capitale est une région désertique sans plantations, donc ils sont vite partis. À 20 heures, tout était fini sans que les autorités aient eu besoin d’intervenir sur notre zone. [selon le Gouvernorat du Caire, deux avions ont été mobilisés pour asperger d'insecticides d’autres quartiers du Grand Caire ]. Je pense d’ailleurs qu’il est plus urgent de réserver les efforts d’arrosage d’insecticides aux régions agricoles comme c’est le cas dans le gouvernorat de la mer Rouge.