Les électeurs djiboutiens sont appelés aux urnes, vendredi 22 février, à l'occasion des élections législatives. L’opposition accuse le parti au pouvoir (UMP) de jouer sur la peur pour remporter le scrutin, tandis que l’UMP affirme que ses détracteurs ont refusé le débat pendant la campagne.
 
L’Union pour le salut national (USN), le principal parti d’opposition, reproche à l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) de museler les médias et de faire appel aux militaires pour encadrer ses meetings, des accusations démenties par le chef d’état major des armées. De son côté, l’UMP critique la décision de l’USN de ne pas participer aux débats télévisés qui auraient dû avoir lieu entre le 17 et le 20 février.
 
Sur le Net, les invectives ont fusé ce week-end au sujet d’une affiche UMP : un immense panneau avec le logo du parti et le slogan : "Je ne joue pas avec le feu, j’aime Djibouti, je vote UMP". Le panneau a été qualifié d’alarmiste et haineux par les partisans de l’opposition, incitant l’UMP à retirer les affiches et à préciser sa démarche sur son compte Facebook.
 
 
L'affiche de campagne de l'UMP qui a provoqué la polémique sur Internet.
 
Les échanges se sont amplifiés dès samedi 16 février autour d’une affiche UMP : un immense panneau avec le slogan  "Je ne joue pas avec le feu, j’aime Djibouti, je vote UMP". Le panneau a provoqué les railleries de l’opposition mais aussi les plaintes de membres du parti, obligeant l’UMP à s’auto-censurer et à préciser sa démarche sur son compte Facebook.
 
Sur les images ci-dessous publiées le 15 février sur le compte de l’USN, un jeune du Quartier-3 prend à partie un représentant de l’UMP en lui reprochant d’être au pouvoir depuis 35 ans et de n’avoir rien fait pour les jeunes. Une vidéo reprise par l’UMP comme preuve de sa capacité à accepter le débat politique.
 
Traduction de la vidéo à partir de 2'25 : "Les jeunes de ce quartier sont tous au chômage, ils vivent chez leur parents alors qu’ils ont en majorité des diplômes et vous qui gouvernez ce pays depuis plus de 35 ans, vous n’arrêtez pas de nous mentir avec vos fausses promesses. […] Si vous vivez dans les quartiers huppés de Haramous, ici des familles ne mangent pas à leur faim".
 
 
Pour la première fois depuis l’indépendance de ce petit pays d’Afrique de l’Est en 1977, l’opposition pourrait siéger au Parlement à l’issue des élections législatives. Djibouti est régulièrement pointé du doigt par les ONG pour le manque de libertés dans le pays. Reporters sans frontières dénonce ainsi l’omniprésence de la censure et le monopole de l’État sur l’information nationale. 

"L’USN a fait une erreur politique majeure en refusant de débattre à la télévision"

Charmarke Abobakir (pseudonyme), militant à l’UMP, revient sur les événements des dernières heures de la campagne.
 
Lorsque l’USN a commencé à faire des comparaisons avec le printemps arabe et la révolution en Tunisie, nous avons eu très peur de débordements et l’UMP a durci son discours. Cette campagne, "Je ne joue pas avec le feu, j’aime Djibouti, je vote UMP", visait à dénoncer ces dérives, mais ça a été mal compris.
L’USN a fait une erreur politique majeure dans cette campagne : refuser les débats télévisés nationaux. Car Djibouti est le principal réservoir de voix lors de cette élection.
 
À l’image de ce gamin sur la vidéo du Quartier-3, on comprend que les gens soient déçus de l’action de l’UMP, même si on a fait le maximum pour la jeunesse. Mais si les gens votent pour l’USN, ça sera avant tout un vote sanction contre l’UMP.
L’UMP tenait son dernier meeting au stade municipal et annonce une “marée verte” pour l’élection”.

"On s’organise sur Facebook et Twitter pour contourner la censure"

 
Farhan Osman (pseudonyme), militant à l’USN, revient sur les événements des dernières heures de la campagne.
 
La RTD [télévision officielle de Djibouti] a supprimé à la dernière minute les débats entre les têtes de listes des régions pour ne garder qu’un débat dans quatre langues entre les candidats de la capitale. Ils nous ont dit que c’était par manque d’argent. L’USN a donc considéré que, sans ces débats régionaux, il n’y avait aucune raison de participer. On doute fortement que la RTD soit neutre et on ne voulait pas participer à une mascarade.
 
La RTD ne parle quasiment pas de l’opposition. Pour contourner cette censure, nous nous organisons pour filmer nous-mêmes des conférences et des meetings et les publier sur notre page Facebook. Quand je vois que l’UMP reprend nos vidéos [du jeune du Quartier-3] et les détourne, ça me fait rire parce qu’ils les sortent de leur contexte. 

Bloquées par la police qui aurait utilisé des fumigènes selon l’USN, les manifestations se sont orientées vers la place de l’Indépendance.
 
J’ai été choqué par le panneau "Je ne joue pas avec le feu, j’aime Djibouti, je vote UMP" et par le durcissement de ton à l’égard de l’USN. Le problème, avec eux, c’est qu’ils essaient de faire croire que les responsables de l’opposition sont des fauteurs de troubles, alors que la priorité pour le parti, c’est la stabilité du pays et des élections transparentes. C’est ce qu’on essaye de faire par Internet avec des messages de paix et en appelant au calme à chaque fois qu’on le peut.
 
Nous sommes mesurés sur l’impact des réseaux sociaux : la majorité de la population n'a pas accès à Internet, notre visibilité nationale sur le Web est donc dérisoire. Mais nous espérons que cela aidera la communauté internationale à suivre en temps réel ce qu’il se passe dans notre pays.