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Une agence de presse officielle iranienne a publié jeudi les photos de l’amputation en public d’un voleur dans la ville de Chiraz dans le sud-ouest du pays. On y voit un homme se faire couper les doigts à l’aide d’une machine ressemblant à une scie rotative. 
 
ATTENTION CES IMAGES SONT CHOQUANTES
 
Nous avons contacté de nombreux Observateurs en Iran. Certains avaient entendu parler de cette machine, mais beaucoup n’ont découvert son existence qu’à l’occasion de cette mise en scène morbide qui se serait déroulée le 24 janvier. L’homme à qui l’on coupe les doigts a, selon l’agence ISNA, été reconnu coupable de vol, de recel et d’adultère par le tribunal pénal de la ville. Il est accusé d’être à la tête d’une association de malfaiteurs et faisait l’objet de 47 plaintes. En plus de l’amputation des doigts de la main, il a été condamné à trois ans de prison et 99 coups de fouets.
 
Aucun témoin indépendant n’a pu rapporter la façon dont s’est déroulée cette amputation. Les quatre photos de la scène ont été diffusées par une agence officielle, puis reprises sur les réseaux sociaux. Point étonnant : le visage du voleur présumé ne porte aucun signe de souffrance, mais l’homme pourrait avoir été drogué.
 
 
"Publier ces photos, c’est une façon de contrôler la population par la peur à l’approche de l'élection présidentielle"
 
Contacté par FRANCE24, le porte-parole de l’organisation Iran Human Rights, Mahmoud Amiry-Moghaddam, basé en Norvège, explique : "Ce qui est étonnant cette fois-ci, c’est que non seulement c’était une amputation publique mais qu’en plus les photos de la scène ont été diffusées par les agences officielles, dévoilant au passage une machine dont nous n’avions jusque-là pas d’images.  Nous avons remarqué récemment que les autorités faisaient de plus en plus de publicité autour des châtiments corporels publics. A chaque fois que des élections approchent, le nombre de châtiments corporels publics augmente. Or la présidentielle approche [prévue en juin]. Cette stratégie vise selon moi à contrôler la population par la peur afin d’éviter tout mouvement de protestation."
 
 
Après l’amputation, Ali Alghasi, le procureur de Shiraz, a expliqué que les peines concernant les criminels seraient de plus en plus sévères, sans préciser pourquoi.
 
Le 20 janvier, deux voleurs ont été pendus en public à Téhéran. Ils avaient été identifiés grâce à une vidéo de surveillance sur laquelle ils rackettaient à l'aide d'un couteau un homme dans les rues de la capitale. Une décision de justice jugée d’une extrême sévérité puisque les jeunes hommes avaient volé l’équivalent d’une vingtaine d’euros. 
 
L’amputation, la lapidation à mort ou encore la flagellation sont légales d’après le code pénale islamique iranien.