Entrée de l'armée française à Sikasso, dans le sud-est du Mali, le 14 janvier. Photo Facebook Valère Koffi.
 
Prise par les rebelles le 10 janvier, Konna a été libérée par l’armée malienne, appuyée par l’armée française huit jours plus tard, selon des sources sécuritaires régionales. Sur place, les habitants que nous avons contactés décrivent des scènes de liesse.
 
C’est au lendemain de la chute de Konna, aux mains des groupes islamistes armées, que la France a décidé d’intervenir au Mali le 11 janvier 2013. Après une offensive aérienne de l’armée française sur la localité, l’armée malienne affirmait avoir repris le contrôle de la ville. Une information aussitôt démentie par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et également par le groupe islamiste Ansar Dine. Le mouvement a même diffusé une vidéo pour tenter de prouver qu’il était toujours présent dans la ville.
 
Konna est une commune regroupant 25 villages, formant une agglomération d’un peu plus de 36 000 habitants. Elle est située à 56 kilomètres de Sévaré, dernier verrou sur la route vers Bamako.
 
 
 

"Les militaires maliens sont rentrés en premier dans la ville"

Ibrahim Bocoum habite Sévaré. Lorsqu’il a appris, lundi, que l’armée malienne allait bloquer la route entre Sévaré et Konna, il a décidé de se rendre dans la localité contrôlée par les rebelles pour y rejoindre ses parents.
 
Des amis vivant dans des villages à 15 kilomètres à l’ouest de Konna nous ont téléphoné, jeudi matin lorsque le réseau fonctionnait, pour nous dire que les forces maliennes et françaises étaient sur la route, et qu’elles se rapprochaient du centre de Konna. Pour recevoir les appels, on était obligé de se mettre en hauteur, sur les toits.
 
Le jeudi, c’est jour de marché ici, il y avait beaucoup de monde dehors même si très peu de produits étaient disponibles. Il y a eu des premiers tirs aériens vers 12 heures (heure malienne) [L’armée malienne affirme qu’il y a eu des frappes aériennes françaises. La France n’a pas encore communiqué sur cette intervention] et tout le monde est rentré se mettre à l’abri. Des avions ont bombardé des chars qui étaient abandonnés depuis plusieurs jours par les islamistes à l’entrée de la ville, sur la route vers Mopti. C’était une attaque éclair, qui n’a duré que quelques minutes. Puis on n’a plus rien entendu.
 
"La population a accueilli l’armée avec des drapeaux maliens et français"
 
À 17 heures, les forces armées sont arrivées par toutes les entrées de la ville. Les militaires maliens sont entrés en premier dans la ville. Ils ont été ovationnés par la population qui criait "vive l’armée malienne !" puis "vive la France !". Puis suivaient trois véhicules de militaires français et enfin quatre véhicules maliens qui clôturaient le cortège. Les gens étaient très heureux, les enfants agitaient les drapeaux français et maliens en courant vers eux.
 
La situation est toujours difficile au lendemain de la libération de Konna : les militaires n’ont pas apporté de nourriture ou de ravitaillement. L’électricité est coupée dans la ville, mais nous avons accès à l’eau potable dans la plupart des quartiers. [Médecins sans frontières a réclamé un couloir humanitaire pour accéder à Konna.]

"Les islamistes pensent que les populations civiles renseignent les militaires"
 
Ces derniers jours, les membres des groupes islamistes étaient très discrets. Le plus souvent, ils ne rentraient dans la ville que pour négocier avec les gérants de stations service afin de récupérer de l’essence, mais la population s’opposait de plus en plus à eux.
 
Je me suis rendu à l’extérieur de la ville près du fleuve Niger, car ma famille a du bétail en pâturage là-bas. Sur la route, j’ai pu voir qu’ils avaient cassé la plupart des antennes téléphoniques car ils pensent que les populations civiles renseignent les militaires sur leurs positions.
 
Ce témoignage a été recueilli par Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.