Observateurs
 
Échaudés par le tollé provoqué en 2010 par une vidéo d’ailerons de requins tapissant les trottoirs de Hong Kong, les commerçants de ce met très recherché ont, depuis, transféré leur activité sur les toits de la ville. Mais une caméra a réussi à s’y faufiler…
 
Photo aérienne d'ailerons de requins séchant sur un toit à Hong Kong (Gary Stokes, Sea Shepherd).
 
Hong Kong est une plaque tournante du commerce d’ailerons de requins, un produit onéreux utilisé pour la préparation d’une soupe très prisée en Chine. Environ 50 % des ailerons destinés au marché chinois passent par cette île du sud du pays. Un commerce parfaitement légal en Chine, mais proscrit dans l’Union européenne comme aux États-Unis.
 
La pêche consiste à capturer le requin, couper son aileron puis rejeter l’animal à la mer. Les ailerons sont ensuite stockés dans un congélateur jusqu’à ce que le bateau touche terre. Une fois déchargés, ils sont séchés au soleil puis nettoyés avant d’être enfin cuisinés.
 
Le nombre de requins dans le monde est en fort déclin, d’où la multiplication des campagnes contre la consommation de leurs ailerons ces dernières années. La reproduction lente de l’espèce ne permet pas de compenser la cadence effrénée de la pêche.
 
Il n’existe pas de données récentes sur le nombre de requins tués chaque année. En 2006, ils étaient néanmoins estimés entre 26 millions et 73 millions.
 
Des milliers d'ailerons de requins entassés sur un toit.  Photo prise par Alex Hofford, le 2 janvier.

"Demander l’interdiction totale de cette pratique constitue un défi énorme"

Alex Hofford est expert en conservation du milieu marin et photojournaliste. Cofondateur de la Hong Kong Shark Foundation et de My Ocean, il est installé à Hong Kong depuis 18 ans.
 
Quelqu’un qui a voulu les dénoncer a pris des photos et des vidéos et les a publiées sur Facebook. Puis un autre internaute les a repostées sur le site de la Hong Kong Shark Fondation. J'ai réussi à entrer en contact avec la personne qui a initialement posté les images sur Facebook. Je me suis rendu sur place dès que j'ai eu l'adresse. C'était le jour de l'An. J’y suis retourné le lendemain avec un groupe de collègues pour m’approcher davantage. Il a fallu être très rapide, sinon nous aurions eu des problèmes.
 
Le bâtiment est juste à côté du port. La compagnie qui l’utilise a le droit d’utiliser le toit à condition qu’il reste accessible comme voie de secours aux habitants. C’est pour cette raison que j’ai pu y accéder si facilement.
 
Vidéo tournée par Alex Hofford le 2 janvier. 
 
Le séchage des ailerons n'est certes pas illégal à Hong Kong mais, pour ce faire, la compagnie a dû construire illégalement des structures sur le toit. [les règlements de construction sont strictes à Hong Kong, qui est confrontée à une pénurie de logements, NDLR]. Sur le toit, j'ai vu un panneau daté du 28 août 2012 cloué à la porte sur lequel les services du ministère du bâtiment demandent à l'entreprise de démanteler les structures sous six semaines.
 
Le gouvernement est préoccupé par la construction illégale de structures sur le toit mais a choisi d’ignorer le massacre de requins qui s’y déroule.
 
Diaporama montrant les structures illégalement installées sur le toit d'un immeuble pour faire sécher les ailerons de requins. Photos prises par Alex Hofford, le 2 janvier.
 
Les requins sont tués à grande échelle, tous les jours. Ces photos montrent ce qui se passe à Hong Kong, mais la même chose se déroule partout en Chine continentale et à Taïwan. Mais trouver dans quel endroit du pays les commerçant sèchent les ailerons, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
 
À Hong Kong, la révélation au grand jour de cette pratique sordide a certainement embarrassé le département du Tourisme qui fait tout pour attirer les touristes étrangers. Hong Kong donne l’image d’un État paria en matière d’environnement. En 18 ans de vie ici, c’est la première fois que je vois des ailerons de requins en train de sécher sur les toits de l’île. Mais il est possible qu’il s’agisse d’une pratique plus répandue, que ce ne soit que la partie visible de l’iceberg.
 
"L'industrie de la pêche est l'une des plus opaques de la planète"
 
Sur le toit, j’ai trouvé un sac estampillé "Origine : Brésil" rempli d’ailerons. Mais, le plus souvent, il est impossible de savoir d’où ils proviennent. Les requins peuvent avoir été capturés n’importe où dans le monde. L'industrie de la pêche est l'une des plus opaques de la planète, elle est très difficile à surveiller.

Un sac estampillé "Origine : Brésil" rempli d'ailerons de requins. Photo prise par Alex Hofford le 2 janvier.
  
Ceux qui militent contre le "finning" [c’est ainsi qu’est appelée la pratique consistant à capturer les requins pour couper leurs ailerons, NDLR] savent que demander l’interdiction totale de cette pratique constitue un défi énorme. 
Nous avons donc lancé une pétition demandant aux autorités de Hong Kong d’empêcher que les ailerons soient servis lors des banquets et des événements officiels, ce serait déjà un début. 
 
Billet rédigé avec la collaboration de Claire Williams, journaliste à FRANCE 24.