Observateurs
Dans le réfectoire de l'université de Bordj-Bou Arréridj, les plateaux restent sur les tables sans que personne ne débarrasse. Photo publiée sur le blog de Zahra Ameur.
 
Pour étudier à Bordj-Bou Arréridj en Algérie, mieux vaut avoir le cœur bien accroché. Une étudiante franco-algérienne nous a envoyé des photos de l’université de la ville qui montrent le délabrement de la résidence universitaire et des réfectoires. Elle tire la sonnette d’alarme sur les conditions de travail des étudiantes algériennes.
 
En septembre 2011, une explosion due à une fuite de gaz dans l’université de Tlemcen avait provoqué la mort de sept étudiants et posé la question de la vétusté de certains établissements algériens. Le gouvernement avait alors décidé de créer une commission nationale sur la sécurité dans les universités et un fichier national de réfection des résidences.
 
L’état des locaux et l’absence d’intimité dans des résidences universitaires bondées sont certainement un des facteurs expliquant qu’un étudiant algérien sur deux affirme vouloir poursuivre ses études à l’étranger. À l’issue de leurs études, entre 30 et 35% des jeunes diplômés pointent au chômage, ce qui les pousse également à l’exil.
 
FRANCE 24 a contacté le rectorat et la direction de l’université de Bordj-Bou Arréridj. Nous publierons leur réponse si celle-ci nous parvient.
 
Dans la cour intérieure de la résidence pour filles, la végétation n'est pas entretenue.

"Elles n’ont pas le droit de sortir, à l’inverse des garçons"

Zahra Ameur est une étudiante franco-algérienne vivant en France. Elle a aussi publié les photos de l’université de Bordj Bou Arréridj sur son blog. Elle était en vacances dans la région en novembre dernier et voulait voir à quoi ressemblait une faculté algérienne.
 
J’ai pu rentrer dans l’université en profitant du flou de début d’année puisque toutes les filles n’avaient pas encore leurs cartes d’étudiantes. Tout est sale dans les bâtiments : il y a des fuites d’eau dans les toilettes et des traces partout dans les couloirs. Et le pire, c’est qu’elle a été construite il y a trois ans !
 
Je n’ai pas croisé de femmes de ménage pendant tout le temps où j’étais dans la résidence universitaire. [des problèmes de propreté similaires ont été confirmés dans une université d’Alger par un représentant d’un syndicat étudiant joint par FRANCE 24]. Je devais normalement rester une semaine avec des amies dans la résidence universitaire pour filles, mais je n’ai pas pu supporter les conditions d’hygiène plus de trois jours.
 
Jusqu'à quatre filles s'entassent dans des chambres vétustes aux murs délabrés.
 
Les douches ne sont ouvertes que deux jours par semaine. Les étudiantes vivent dans des chambres de 10m², où il y a deux lits, un casier, une table, et sont souvent jusqu'à quatre à y dormir sur des matelas posés par terre. Lorsqu’elles ont de la chance ou qu’elles connaissent quelqu’un, elles sont dans la même chambre que leurs amies. Pendant ce temps, il y a des chambres libres dans la résidence des garçons dans l’autre bâtiment [la mixité est interdite dans cette université].
 
Après la tombée de la nuit, elles n’ont pas le droit de sortir, à l’inverse des garçons. Elles n’ont pas d’accès internet et très peu de libertés. Du coup, beaucoup d’entres elles font tout ce qu’elles peuvent pour rentrer le week-end et même parfois durant la semaine car elles n’en peuvent plus.
 
Les toilettes des résidences sont inondées et aucun agent d'entretien ne vient nettoyer.
 
Au restaurant universitaire, c’est encore pire : les tables ne sont pas nettoyées, on ne voit pas les cuisines et les plateaux sont servis sans couverts. Il n’y a pas de serviettes en papier, pas d’eau ou de boisson. Durant mon séjour, on nous a servi le même ‘plat principal’ pendant trois jours. Plus personnes ne veut manger là bas, même si le repas ne coûte que 10 dinars (10 centimes d’euros).
 
Alors les filles sortent pour manger, font des stocks de viennoiseries ou vont déjeuner dans des fast-food [les étudiants de la faculté de médecine d’Oran s’étaient aussi plaints de l’état de leur restaurant universitaire]
 
 Un menu type au restaurant universitaire, "le plus appétissant des trois jours" selon notre Observatrice.
 
Il y a quelques mois, une fille a été giflée par un employé du self, et ça a provoqué la révolte des étudiantes contre leurs conditions de vie. Elles ont manifesté pour demander d’être davantage respectées et que les conditions sanitaires s’améliorent. Mais ça n’a pas duré. La plupart des filles sont fatalistes et acceptent la situation.
 
Je suis très choquée de ce que j’ai vu et en colère. Ça me fait mal de montrer une mauvaise image des universités algériennes, mais je ne comprends pas pourquoi un Etat qui rénove les rues d’Alger pour accueillir le président français n’est pas capable d’embaucher plus de personnel de ménage pour des établissements publics ! 
 
 
 
Ce billet a été écrit en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste à FRANCE 24.