Observateurs
Extrait d'une vidéo où un prisonnier se fait battre. 
 
Plusieurs vidéos de tortures infligées à des partisans supposés de Mouammar Kadhafi sont sorties récemment sur Internet. Des images qui relancent, parmi les internautes libyens, la polémique sur les méthodes de leurs forces de sécurité.
 
Cette première vidéo est un témoignage diffusé le 20 décembre. L’homme qui parle, Ali Fezzani, a été arrêté à Benghazi après un attentat qui a coûté la vie, le 21 novembre dernier, à un responsable local de la sécurité nationale. Une attaque attribuée, comme souvent, à des pro-Kadhafi qui voudraient faire payer à la ville d’avoir lancé le mouvement de révolte contre l’ancien leader libyen.
 
Ali Fezzani nie sa responsabilité dans ce meurtre et jure, la main sur le Coran, que ses aveux ont été obtenus sous la torture.
 
 
La vidéo fait du bruit sur le Web libyen, à tel point que, lors de son déplacement à Benghazi le 21 décembre, le ministre libyen de la Justice a évoqué le cas d’Ali Fezzani et promis qu’une enquête serait ouverte pour savoir s’il a réellement été torturé.
 
Ce qui choque particulièrement les internautes, c’est que ce ne sont pas de simples miliciens mais les agents de la sécurité nationale qui torturent. Cette vidéo a même relancé un débat sur le recours à la torture en Libye. Les internautes ont ainsi ressorti des vidéos plus anciennes qui montrent des séances de torture conduites par des agents de la sécurité nationale, d'anciens soldats rebelles qui ont rejoint le ministère de l'Intérieur.
 
Cette vidéo, datée de décembre 2011 et tournée à Zwara, ville située à 120 kilomètres à l’ouest de Tripoli, a notamment beaucoup circulé. Elle montre un homme, en caleçon, entouré d’une dizaine de personnes, dont certains en uniforme, qui l'insultent, le traitent de "chien de Kadhafi" et le frappent jusqu'à ce qu'il perde connaissance.
 
 
Cette vidéo a eu une suite. Un mois plus tard, d’autres images ont été postées sur YouTube où l’on voit la victime, Mabrouk Salil, interviewée dans un jardin public de Zwara. Il explique dans cette vidéo avoir combattu pour Kadhafi pendant la révolution. Il ajoute avoir été battu lors de son arrestation, mais jure avoir été bien traité par la suite.
 
 
Selon beaucoup d’internautes libyens, la deuxième vidéo est une mise en scène organisée par les miliciens pour se dédouaner des accusations de torture dont ils font l’objet.
 
D’autres internautes tentent de faire campagne pour mettre un terme à ces pratiques. Une page Facebook intitulée “Arrêtons la torture” recense ainsi, photos et vidéos à l’appui, des cas de torture en Libye.

"Nous n’avons pas fait cette révolution pour donner carte blanche aux miliciens"

Enas, 19 ans, est étudiante en médecine à Tripoli. Elle est membre du projet Libyablog, lancé par France 24 et RFI. Ella a publié la vidéo de torture à Zwara sur son blog dans un billet intitulé "Ceci n’est pas ma révolution !".
 
Cette vidéo n’est pas récente mais elle a été partagée à nouveau sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Je l’ai postée sur mon blog pour pouvoir évoquer la question de la torture, mais il y en a d’autres bien plus choquantes. Des amis ont relayé cette vidéo en disant : 'Au diable le 17 février !' [date du début du soulèvement en Libye, NDLR]. Un ancien détenu politique de la prison de Bouslim a même posté ce message : "Admirez les actes des nouveaux révolutionnaires !".
 
La réaction de mes amis à ces images m’a rendu triste, c’est pour cela que j’ai intitulé mon billet de blog "Ceci n’est pas ma révolution !". Beaucoup disent que ce genre d’agissements est normal durant une période de transition. Mais nous sommes presque deux ans après la révolution, il est temps que les choses changent. Ne pas dénoncer ces exactions équivaut à y participer à mes yeux. Nous n’avons pas fait cette révolution pour retomber dans la torture ou pour donner carte blanche aux miliciens. Si nous ne luttons pas contre ces actes, au moins en partageant l’information, ils redeviendront une pratique courante, comme sous Kadhafi.