Observateurs
 
Des milliers de Palestiniens vont chaque jour travailler en Israël en empruntant les mêmes bus que des colons juifs, des bus pour la plupart conduits par des Israéliens. Une cohabitation forcée de plus en plus tendue comme en témoigne la vidéo de notre Observatrice.
 
Sur ces images, un travailleur palestinien se fait refouler sans raison d’un bus par la conductrice alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui en Cisjordanie. Il devra attendre l’arrivée de la police israélienne sur les lieux pour avoir le droit de monter à bord. Il arrive régulièrement que des Palestiniens, qui ont pourtant un permis pour travailler en Israël, obtenu chaque matin après de longs contrôles de sécurité et valable jusqu’au soir même, soient refoulés du bus par le chauffeur, sous la pression de passagers israéliens. 
 
Un travailleur palestinien se fait refouler d'un bus à Tel Aviv. Crédit : eranvered
 
En réponse à ces tensions, le ministère israélien des Transports vient de proposer de créer des lignes de bus séparées. Ainsi, les Israéliens ne se sentiraient plus menacés par la présence, dans le même bus, de Palestiniens que certains assimilent à de potentiels terroristes. Un sentiment d’autant plus fort depuis l’attentat dans un bus de Tel Aviv, le 21 novembre, qui a fait 28 blessés, en réponse à l’opération de "Pilier de Défense" menée par Tsahal à Gaza. En ce qui concerne les Palestiniens, le ministère argue qu’une ligne de transport spéciale leur permettrait de gagner du temps, car ils ne seraient plus contraints de changer de bus à chaque check-point comme c’est aujourd’hui le cas.
 
Mais la proposition du ministère des Transports, suscite l’ire des organisations de défense des droits de l’Homme. "Les arguments sécuritaires et du désengorgement des bus ne doivent pas cacher le racisme latent" de la proposition du gouvernement, a notamment dénoncé Jessica Montell, directrice de l’ONG B’Tselem.

"Je constate ce type de situation deux à trois fois par semaine"

Hannah Zohar vit à Tel Aviv où elle travaille pour Kav LaOved, une ONG israélienne qui œuvre à la protection du droit des travailleurs. Elle est en charge des travailleurs palestiniens et a tourné la vidéo ci-dessus. 
 
Nous avons tourné cette vidéo le 16 octobre dernier, à la gare centrale de Tel Aviv. J’avais été avertie par le travailleur palestinien que l’on voit à l’image qu’il venait de se faire refouler d’un bus. J’ai donc décidé de me rendre sur place avec un collègue. Nous avons convenu avec le travailleur de prendre place dans le bus avant lui, puis qu’il tente à nouveau de monter pendant que nous le filmerions discrètement. Et ça n’a pas loupé : la conductrice du bus lui a refusé l’entrée dans le véhicule.
 
Cet homme travaille près de Tel Aviv et vit en Cisjordanie. Il fait le trajet chaque jour, et comme il le montre dans la vidéo, il détient un permis de travail qui l’autorise à se déplacer entre Israël et les territoires occupés. Le chauffeur n’a donc pas à lui interdire de monter dans le bus.
 
Il n’a pas été facile de filmer. Comme on le voit, le chauffeur puis les gardes de sécurité nous ont intimé l’ordre d’arrêter de tourner, mais nous avons rétorqué que ce que nous faisions était légal puisque nous étions dans un lieu public.

"Faire deux lignes, c’est aggraver la ségrégation entre les deux peuples"
 
Je constate ce type de situation deux à trois fois par semaine. Quand les chauffeurs refusent de transporter des Palestiniens, c’est souvent sous la pression des passagers israéliens, qui disent qu’ils ne se sentiront pas en sécurité sinon. Or, tous les Palestiniens qui montent dans ces bus on forcément passé un check-point de sécurité, soit pour revenir en Israël depuis la Cisjordanie, soit dans l’autre sens.
 
Pour moi, créer deux lignes de bus séparées, c’est une idée très dangereuse. Si le gouvernement le fait aujourd’hui pour les Palestiniens venant de Cisjordanie en Israël ; il pourrait aussi le faire demain pour les Palestiniens se déplaçant à l’intérieur d’Israël, et puis pourquoi pas à terme pour les Arabes israéliens... Faire deux lignes, c’est aggraver la ségrégation entre les deux peuples, qui existe déjà dans tant de domaines. Cela me fait penser aux ségrégations entre Noirs et Blancs qui ont eu cours en Afrique du Sud ou aux États-Unis et c’est très inquiétant.