Observateurs
 
Sur ces images d’un bureau de vote, des personnes sont filmées en train d’apposer leur empreinte à de multiples reprises sur un registre électoral pendant que d’autres s’affairent autour d’une urne. Une preuve, en vidéo, des fraudes qui ont émaillé le scrutin de jeudi en Algérie.
 
Les Algériens étaient appelés à élire leurs représentants, jeudi, au niveau des 1 541 assemblées populaires communales et des 48 assemblées populaires des wilayas (départements). Environs 48 000 bureaux de vote ont été ouverts et 800 000 agents de l'administration mobilisés pour encadrer ce double scrutin.
 
 
Sur l’urne est inscrit le nom du bureau de vote, Bir Dheb, un village de la wilaya de Tébessa, dans le nord-est de l’Algérie, ainsi que la date du scrutin et le nombre de votants de la commune (229). Sur une table à côté de l’urne, un homme tourne les pages d’un fichier électoral pendant qu’un autre pose son doigt trempé d’encre plus d’une vingtaine de fois sur le registre. Selon les règles en vigueur, les électeurs doivent déposer leur bulletin dans l’urne puis signer le registre et tamponner. S’agissant d’un double scrutin, les électeurs devaient tamponner à deux reprises. Impossible, pour l’heure, de dire si les personnes que l’on voit trafiquer ce fichier sont de simples électeurs ou des agents du bureau de vote. Leur comportement ne semble, en revanche, déranger personne dans la salle.
 
L’internaute qui a posté cette vidéo n’a pas répondu à FRANCE 24, mais nous avons contacté la wilaya de Tébessa, dont dépend la commune de Bir Dheb. D’après l'un des responsables qui a souhaité gardé l’anonymat, "ce genre de pratique arrive effectivement dans les petites communes. Il peut s'agir de responsables politiques locaux mais aussi de familles qui se battent pour accèder aux postes". Toujours selon ce responsable, d’autres irrégularités ont été signalées dans la wilaya, parmi lesquelles un cas d’urne brûlée. Il ajoute : "Les autorités algériennes prononcent les résultats définitifs 48h après le vote. Cela permet aux différents candidats de signaler les fraudes afin que l’on puisse intervenir. Mais tant que personne ne porte plainte, il ne se passe rien, vidéo ou pas".
 
Le président de la Commission nationale indépendante de surveillance des élections locales (CNISEL), Mohamed Seddiki, a lui aussi admis qu’il y avait eu des "dépassements" lors du scrutin dans différents départements, sans mentionner celui de Tébessa. Le ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, s’est ensuite voulu rassurant, affirmant que "les cas signalés ont pu être réglés et que tout est rentré dans l'ordre".
 
Les premiers résultats doivent être annoncés dans la soirée de vendredi. Le Front de libération national du président Abdelaziz Bouteflika, qui domine déjà l'Assemblée nationale, a dit s’attendre à une victoire "écrasante".
 
Reste à savoir maintenant qui a gagné, probablement haut la main, dans la commune de Bir Dheb.