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Le corps d'un orpailleur tué dans l'éboulement. Photo récupérée sur le site par Goore Tra Bi.
 
Un éboulement a fait au moins sept morts la semaine dernière dans une mine clandestine aux confins de la Côte d’Ivoire, une mine d’extraction d’or où étrangers et nationaux risquent chaque jour leur vie pour dénicher quelques grammes du précieux métal.
 
L’accident a eu lieu vendredi sur un chantier souterrain de la mine clandestine de Floleu. Le site fait partie des nombreuses mines d’extraction illégales à avoir pullulé autour de la mine industrielle d’Ity, un des plus anciens sites d’orpaillage ivoiriens qui, en 2011, a engrangé 6,5 millions d’euros de bénéfices.
 
Photo prise par Goore Tra Bi lors des recherches lundi.

"Au début du mois de novembre, on a entendu qu’il y avait plus d’or que d’habitude ce qui a attiré énormément de monde"

Issa (pseudonyme) est technicien dans la mine industrielle d’Ity.
 
J’ai appelé un ami médecin qui était sur place. D’après lui, il y a encore des corps ensevelis qu’ils ont beaucoup de mal à récupérer. Le bilan risque donc probablement de s’alourdir.
 
La mine clandestine qui se situe à proximité de Floleu est une des plus grandes mines "artisanales" de la zone. Elle existe depuis très longtemps et fonctionne de jour comme de nuit. Les travailleurs y ont mis en place une véritable organisation. Mais l’extraction se fait dans un cadre totalement illégal et avec un matériel qui n’est absolument pas adéquate. À l’inverse de la mine industrielle d’Ity qui est exploitée à ciel ouvert et avec des machines, l’extraction à Floleu se fait par des hommes et dans des souterrains. Les orpailleurs creusent des puits et des galeries à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Certains restent à la surface et font descendre des seaux avec des cordons que d’autres remplissent sous terre. Le travail se fait avec du matériel très basique, pioches, seaux, cordes. Certains creusent même avec leurs mains.
 
Il est très difficile de dire combien de personnes sont sur place. Ce qui est certain c’est qu’au début du mois de novembre, on a entendu qu’il y avait plus d’or que d’habitude ce qui a attiré énormément de monde.
 
"Si les orpailleurs arrivent à travailler clandestinement au vu et au su de tous, c’est qu’en haut lieu, certains y trouvent un intérêt"
 
Une grande partie des habitants de la ville de Zouan-Hounien (à 15 km de la mine) vit de l’orpaillage clandestin. Il y a énormément de jeunes qui ont quitté l’école pour "aller au faro" comme on dit ici, c'est-à-dire entrer dans le réseau des chercheurs d’or. J’en vois certains sortir le soir et flamber dans les rues de la ville. S’il est de bonne qualité, l’or peut dépasser les 15000 Frcs CFA par gramme (23 euros). Les plus aguerris arrivent donc à se faire beaucoup d’argent. Malgré cela, personnellement, je ne pourrais jamais aller travailler là-bas. Les risques sont beaucoup trop importants. Ceux qui descendent ne sont jamais certains de remonter.
 
Cette mine clandestine est un secret de polichinelle. Plusieurs fois, les autorités locales ont dépêché des forces de l’ordre sur place mais ça n’a jamais empêché la mine de fonctionner. Si les orpailleurs clandestins arrivent à travailler au vu et au su de tout le monde, c’est qu’en haut lieu, certains y trouvent un intérêt. [Un autre contact sur place nous a affirmé que certains membres des forces de l’ordre taxaient de façon informelle les orpailleurs à l’entrée du site et récupéraient un pourcentage sur les gains.]
 
 
 
Plusieurs mines clandestines attirent les orpailleurs autour de la zone d’Ity. Sur les trois images ci-dessus, la mine de Flat Glahi, où l’extraction se fait de façon superficielle et ne pose donc pas de risques d’affaissement du terrain. Images : Polo boulot.