Les forces de la Monusco en route pour le front de Monigi où les combats contre le M-23 ont repris.
 
Alors que le mouvement rebelle du M-23 est aux portes de Goma et que les premiers obus de mortiers sont tombés sur la ville ce soir, les habitants hésitent entre fuir et rester calfeutrés chez eux.
 
Le M-23 a exigé, dimanche soir, l'ouverture de négociations directes avec le gouvernement et l'opposition sous 24 heures. Par la voix de son porte-parole, le gouvernement de la RDC a rejeté cet ultimatum. Selon notre Observateur à Goma, les combats ont débuté lundi matin aux abords de la ville, puis se sont intensifiés à partir de 15 heures heure locale (14H GMT). Dans la soirée, il entendait des tirs d'armes automatiques et des détonations d'obus de mortiers.
 
 

 
Des soldats de la Monusco aux côtés des FARDC. Photos prises dimanche 18 novembre par Alain Wandimoyi.
 
Alain Wandimoyi et Charly Kasereka sont blogueurs à Goma. Ils suivent pour les Observateurs l’évolution du conflit au Nord-Kivu et racontent la situation sur place ce lundi.

"Les plus anciens disent aux jeunes qu'il est plus risqué de fuir"

Les habitants sont enfermés à double tour chez eux et la ville est déserte. La plupart des gens écoute la radio en espérant que la situation s’apaise. Aujourd'hui, on ne voyait dans les rues que quelques militaires des FARDC qui protègent les bâtiments administratifs, comme celui du gouverneur du Nord-Kivu ou du maire de Goma. Les forces de la Monusco et des FARDC patrouillaient dans la ville. Ils formaient aussi un barrage de plusieurs centaines de mètres à 5 km autour de Goma et étaient en place autour de l’aéroport où ils interdisaient tout atterrissage d’avion civil. Une partie de la population du nord de la ville a été évacuée vers la frontière avec le Rwanda [Charly a, lui aussi, été évacué après nous avoir contacté].
 
"Il y a plus de chances de se faire tuer en sortant de Goma qu’en y restant"
 
Le maire de la ville a aussi fait des déclarations, hier soir, pour appeler au calme et expliquer que la situation était sous contrôle. Mais cela n’a pas rassuré la population qui pense vraiment que les rebelles peuvent entrer dans Goma dans les prochaines heures. Les dernières fois où c’était arrivé [Goma a déjà été sous le contrôle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) pro-rwandais entre 1998 et 2003, période durant laquelle des crimes de guerre avaient été commis par des armées rebelles, NDLR], les autorités avaient diffusé les mêmes messages d’apaisement mais, au final, la ville avait été prise.
 
Les habitants de Goma n’ont pas tous la même façon de réagir. Certains ont déjà fui. Les plus jeunes, surtout, sont paniqués. Les plus anciens leurs disent pourtant que ce serait une folie de partir, qu’il y a plus de chance de se faire tuer en sortant de Goma qu’en y restant. D’autres n’ont pas peur, ils sont habitués à ces guerres récurrentes et à ces combats. Ce qui les inquiète, ce sont davantage les pillages et les règlements de compte qui pourraient toucher les civils. Certains habitants considèrent que le gouvernement abandonne la ville de Goma en refusant de négocier avec les rebelles et sont résignés depuis l’annonce de ce matin.
 
Malgré la menace, des habitants de Goma vendent des articles alimentaires sur le long de la route dans un quartier populaire, dimanche matin. 

"J’ai vu des soldats complètement ivres sur le front"

Le problème, c’est que le repli des soldats congolais s’est effectué de façon désordonné : beaucoup de ces soldats des FARDC sont inexpérimentés et parfois indisciplinés, ils n’ont souvent pas fait de formation militaire professionnelle. J’ai vu des soldats complètement ivres sur le front. Le M-23 a ainsi pu avancer et prendre Kibumba sans jamais tirer un coup de feu.
 
Sans la présence des forces de la Mission des Nations unies pour le maintien de la paix au Congo (Monusco), qui ont tiré des roquettes samedi avec leurs hélicoptères pour aider les FARDC, les rebelles auraient déjà pu avancer et prendre Goma sans aucun problème.