Photo publiée sur Flickr par Kyle McDonald.
 
Il y a quatre ans, une grande partie du monde se réjouissait de l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis. Du Mexique au Pakistan,  nos Observateurs espéraient que le slogan démocrate "Change" s’appliquerait aussi à la politique étrangère américaine. Un enthousiasme qui s’est, depuis, évanoui.
 
D’après un sondage publié en juin par The Guardian, la popularité d’Obama à l’international aurait dégringolé depuis son arrivée au pouvoir.

MEXIQUE : "On espérait une nouvelle politique migratoire, Obama nous a déçus"

Alonso Fingus vit à Mexico. Il est musicien pour le groupe June.
 
Il y a quatre ans, voir Obama, un démocrate, arriver à la Maison Blanche a été une grande joie. D’autant que son prédécesseur avait vraiment montré qu’il était incapable de gérer les questions internationales autrement qu’en faisant la guerre. C’était aussi important qu’il vienne d’une minorité ethnique, comme les Mexicains des États-Unis. Au Mexique, les gens étaient persuadés qu’il ne cautionnerait aucune politique hostile au Mexique et qu’il réformerait le système d’immigration, comme promis
  
Mais il a déçu [Obama a admis que l’absence de réforme sur la question de l’immigration était sa 'plus grande erreur' ].Quasiment rien n’a changé. Les autorités continuent à pourchasser sans relâche les migrants qui traversent la frontière. Et dans certains États, la police harcèle tous les Latinos, avec ou sans papiers. Par ailleurs, sa politique de relance après la crise économique n’a pas bénéficié au Mexique, alors que c’est notre principal partenaire économique. Mais c’est un mal pour un bien. Ça a encouragé les producteurs mexicains à se tourner vers d’autres partenaires, notamment l’Europe. Par ailleurs, comme les Mexicains aux États-Unis envoyaient moins d’argent, notre gouvernement a été forcé de prendre les choses en main pour aider sa population. 

LIBYE : "C’est seulement quand le vent a tourné pour Kadhafi que les États-Unis se sont opposés à lui"

Enas Saddoh vit à Tripoli. Elle est étudiante en médecine.
 
Obama nous a aidés à sauver Benghazi et à faire aboutir notre révolution. Il est considéré par la plupart des Libyens comme un sauveur qui agit par soucis de justice.  Moi, je suis un peu plus cynique. Les États-Unis se sont longtemps inclinés devant Mouammar Kadhafi parce qu’ils avaient des intérêts économiques, notamment le pétrole. C’est seulement quand le vent a tourné pour Kadhafi qu’ils se sont opposés à lui. La situation en Syrie a permis d’y voir encore plus clair sur les intentions américaines. Les Syriens ont beau être dans la même situation que la Libye, il n’y a pas de pétrole en jeu, donc les États-Unis refusent de les aider. C’est triste à voir.
 
Pour autant, sa réélection permettrait de maintenir les bonnes relations que nous entretenons actuellement. Je voudrais qu’il se souvienne que ce n’est pas le peuple libyen qui a tué leur ambassadeur, mais des extrémistes. C’était un ami de la Libye et nous l’appréciions. Je souhaite que cet épisode ne ternisse pas les liens que l’ambassadeur avait tant œuvré à construire.

SYRIE : "Il y a eu beaucoup de beaux discours mais rien n’a été fait pour nous aider"

Rami (pseudonyme) est un opposant qui vit à Homs en Syrie.
 
Il y a quatre ans, les Syriens se sont réjouis de l’élection d’Obama car il vient d’une minorité qui a été opprimée. On pensait donc qu’il utiliserait la puissance des États-Unis pour combattre toutes les formes d’oppression dans le monde. Son grand discours du Caire était prometteur. Il avait parlé de nouvelles relations basées sur le respect entre les États-Unis et le monde arabe. Donc sa politique étrangère nous a surpris. L’Amérique n’agit que dans son propre intérêt et soutient Israël même s’il oppresse les musulmans. En ce qui concerne la Syrie, il y a eu beaucoup de beaux discours mais rien n’a été fait pour nous aider.
 
Mitt Romney ne sera probablement pas meilleur, mais s’il était élu, peut-être ferait-il des efforts - ne serait-ce que pour montrer au monde qu’il fait mieux qu’Obama - pour redorer le blason des États-Unis. Mais notre révolution aboutira avec ou sans l’aide d’un président américain.

PAKISTAN : "Le programme de drones d’Obama alimente le sentiment anti-américain"

Oiwas Khan est entrepreneur à Islamabad.
 
Nous nous attendions à d’importants changements dans la politique étrangère mais peu de choses ont bougé. Alors, oui, il a tué le principal suspect des attaques du 11-Septembre [Oussama Ben Laden qui se cachait au Pakistan, NDLR] mais la guerre continue et les drones n’en finissent plus d’attaquer notre pays.
 
En fait, le nombre d’attaques de drones  a augmenté sous le mandat d’Obama, tuant de nombreux civils. Tout cela ne fait qu’alimenter le sentiment anti-américain, notamment dans les régions tribales qui sont les plus ciblées. Nous voulons la paix. Le prochain président doit comprendre rapidement que la politique américaine au Pakistan ne fonctionne pas.

GABON : "Il n’y a rien à retenir de la politique africaine d’Obama"

Nicaise Mouloumbi est le président de l'ONG Croissance saine environnement. Il vit à Libreville.
 
La politique africaine d’Obama n’a pas été lisible. Il s’est rendu au Ghana, un de rares pays où la démocratie fonctionne, tout en évitant au maximum de s’engager dans des pays où le système démocratique est plus faible. Il s’est autocensuré, mais sans jamais expliquer clairement pourquoi il ne se rendait pas dans tel ou tel pays.

Son objectif était évidemment de maintenir ses intérêts économiques sur le continent. Donc, son administration a essayé de renforcer ses liens avec des pays où ses entreprises sont présentes, comme en Guinée équatoriale ou chez nous, au Gabon, où d’importants investissements ont été opérés.
 
Il a en revanche brillé par son absence en ce qui concerne la défense de l’éducation et de la bonne gouvernance. Du point de vue du développement durable, j’ai été très déçu par son absence au sommet de Rio.
 
Pour autant, je pense qu’il était naïf de penser que les États-Unis puissent régler les questions intérieures des pays africains. Un président travaille d’abord pour son peuple et Obama avait déjà beaucoup à faire sur le sol américain.