Capture d'écran issue d'une reconstitution par l’association camerounaise OGCEYOD, basée à Limbe, dans l’ouest du Cameroun.
 
À la puberté, des milliers de jeunes Camerounaises sont victimes d’une pratique barbare : des femmes de leurs familles, parfois leurs propres mères, tentent de faire disparaître, en l’écrasant, leur poitrine naissante. Ces dernières pensent ainsi "protéger" la jeune fille d’une sexualité précoce. 
 
D’après une enquête menée en 2005 par deux médecins, près d’un quart des femmes camerounaises ont été victimes de cette pratique. Le "repassage" ou "massage" des seins existerait aussi au Togo et en Guinée.
 
ACTUALISATION 4/12/2012 : Le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma, a précisé dans une tribune publiée sur Internet que le repassage des seins était  "un fait contesté et combattu par tous les moyens légaux par les pouvoirs publics." Il ajoute qu'une  "réforme législative engagée, notamment l'avant-projet de code pénal en cours de refonte, intègre une incrimination spécifique permettant de lutter contre le phénomène du repassage des seins des jeunes filles en prévoyant des dispositions particulières pour la répression des atteintes à la croissance d'organes."
 
Reconstitution par l’association camerounaise
OGCEYOD, basée à Limbe, dans l’ouest du Cameroun. La femme qui joue la maman a elle-même "massé" avant de réaliser son acte et de s'engager dans la lutte contre cette pratique.
 

"Beaucoup de femmes s’inquiètent quand la puberté de leur fille arrive vers 8 ou 9 ans. Elles considèrent que c’est trop tôt"

Georgette Arrey Taku est la secrétaire exécutive de Renata, le Réseau national des associations de tantines, qui s’occupe de l’éducation sexuelle des Camerounaises. Une organisation qui travaille en collaboration avec les pouvoirs publics camerounais.
 
Il est difficile de dire quand cette tradition a commencé. Tout ce que l’on sait, c’est que des femmes aujourd’hui âgées ont déjà subi ce traitement à leur adolescence. La dernière étude sur le sujet concluait que le massage des seins était pratiqué dans tout le Cameroun, et particulièrement dans le centre et l’ouest. Cette pratique existe chez les riches comme chez les pauvres.
 
Si le repassage des seins est autant ancré dans les mœurs, c’est parce que les mères qui l’ont subi se sont vues expliquer par leur propre mère que c’était pour les protéger. Elles répètent donc le geste pour protéger leur fille à leur tour. C’est un cercle vicieux qui fonctionne sur l’ignorance plus que sur la tradition.
 
Beaucoup de femmes s’inquiètent quand la puberté de leur fille arrive, vers 8 ou 9 ans. Elles considèrent que c’est trop tôt et donc se mettent en tête que la fille va attirer les garçons et risque une grossesse précoce. Des jeunes filles se font masser jusqu’à 14 ou 16 ans. En faisant disparaître leurs seins, les mères imaginent ainsi contrôler leur effet sur les hommes et donc leur sexualité. Ceci est évidemment une illusion, nous accueillons régulièrement dans notre association des filles-mères qui ont pourtant eu les seins massés. C’est pourquoi nous tentons de convaincre les parents que seul le dialogue peut permettre une éducation sexuelle efficace. 
 
La poitrine d’une victime. © Réseau national des associations des tantines.
 
"Les femmes, le plus souvent la mère ou une des tantes, utilisent des spatules, des pierres à écraser ou encore des pilons"
 
Sur le moment, la douleur est inimaginable. Les femmes, le plus souvent la mère ou une des tantes, utilisent des spatules, des pierres à écraser ou encore des pilons. Ces objets sont chauffés et servent à frapper la poitrine naissante. Sur le coup, cela entraîne des brûlures, mais aussi des infections et des abcès. Les conséquences à long terme ne sont pas moins catastrophiques. Des femmes sont suivies par des gynécologues pendant des années après le 'massage'. Et, d’après certains spécialistes, les victimes seraient davantage sujettes aux cancers du sein. Par ailleurs, dans l’intimité, ces poitrines abîmées deviennent un véritable complexe. J’ai rencontré une fille qui n’osait même plus se déshabiller devant ses amies.
 
Notre travail, c’est de faire comprendre aux mères que le massage des seins cause bien plus de tort à la jeune fille qu’une puberté normale. Nous sommes beaucoup sur le terrain, à la sortie des églises, dans les réunions traditionnelles de mères de famille. Nous faisons témoigner celles qui ont pris conscience du mal qu’elles avaient fait. Mais faire changer les mentalités prend du temps, d’autant qu’il n’existe pas de loi interdisant cette pratique.