Observateurs
Capture d'écran de la vidéo.
 
Quatre étudiants de l’université de Port Harcourt, dans le sud du Nigeria, ont été brûlés vifs vendredi 5 octobre par des personnes qui les accusaient de vol. La vidéo de cette scène barbare a été postée sur Internet, attisant la colère de leurs camarades de classe, mais aussi leur soif de vengeance.
 
Selon la presse nigériane, les quatre étudiants en deuxième année étaient accusés par des habitants du quartier d’Aluu, qui jouxte le campus, d’avoir volé des ordinateurs et des smart phones. Interviewé par la BBC , un ami des victimes affirme que les quatre jeunes étaient allés à Aluu pour récupérer de l’argent qu’un habitant leur devait. Ils ont été pris, par erreur, pour des voleurs.
 
La vidéo amateur de la mise à mort des quatre jeunes est actuellement analysée par la police. Sur les 3’30 minutes d’images, on voit les quatre hommes allongés sur le sol, nus et visiblement étourdis, des pneus autour du cou. Une foule en colère les frappe avec des bâtons, avant de les incendier. FRANCE 24 a choisi de ne pas diffuser la vidéo dont le contenu est extrêmement violent.
 
Dimanche, la police a arrêté treize personnes impliquées dans ce lynchage. Ce qui n’a pas empêché les étudiants de Port Harcourt d’organiser mardi une manifestation, et de bloquer les principaux axes menant à l’université. Des actes de vandalisme ont par ailleurs été signalés à Aluu où des magasins et des véhicules auraient été incendiés. Des habitants du quartier ont été contraints de fuir les violences et les autorités de l’université ont annoncé la fermeture jusqu’à nouvel ordre de l’établissement.  Selon plusieurs sources sur place, qui ont souhaité garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, des tensions sociales existent de longues dates entre les habitants d’Aluu et les étudiants, qui viennent pour la plupart d’autres villes et sont considérés comme des privilégiés.
 
Des lynchages publics ont lieu régulièrement au Nigeria, mais sont très rarement filmés.  Après la diffusion de cette vidéo, une pétition a été lancée sur Internet pour demander aux autorités de renforcer la présence policière, mais aussi de condamner fermement les auteurs de ces violences.
 
Quelques jours plus tôt, une vingtaine d’étudiants avaient été tués dans une autre université nigériane dans le nord du pays. 

"Sous aucun prétexte des gens peuvent décider de se faire justice eux-mêmes"

Michael Lestat vit à Port Harcourt. Il fréquentait deux des victimes depuis près d’un an. Manager, il avait organisé un concert auquel devaient participer les deux étudiants. Prévu jeudi sur le campus de l’université, il a depuis été annulé. 
 
Quand un ami m’a appelé pour me dire ce qu’il s’était passé, je n’y croyais pas. Puis j’ai vu les images terrifiantes que les gens s’envoyaient, mais je n’ai pas été capable de regarder la vidéo. Mes deux amis étaient des gens talentueux et respectueux. J’ai tout entendu sur eux, notamment que c’étaient des criminels, mais je n’y crois pas. Et peu importe ce qui est arrivé, sous aucun prétexte des gens ne peuvent décider de se faire justice eux-mêmes et d’exécuter ainsi des jeunes. S’il s’est effectivement passé quelque chose, il fallait appeler la police.
 
L’université a affirmé ne pas être responsable de ce qui arrive aux étudiants en dehors du campus, sans rien ajouter de plus. Cette annonce a mis les étudiants en colère. Ils ont réagi en organisant une manifestation pacifique mardi. Je les ai rejoints dans la matinée. Ils étaient au moins 5 000. Nous avons attendu pendant 10 heures avant que le vice-président de l’université ne s’adresse à nous. C’est lui qui a autorisé des étudiants à vivre en dehors du campus, faute de logement dans l’université [au moins deux des victimes vivaient à l’extérieur]. Les étudiants ont donc exigé que des logements sur le campus soient alloués à tout le monde. [Lors d’une conférence de presse tenue mardi, le vice président a condamné les lynchages et demandé au gouvernement d’aider l’université à acquérir de nouveaux terrains.]