Observateurs
 
Depuis quelques mois, tandis que la Grèce continue de s'enfoncer dans la crise, les attaques racistes contre les immigrés s’intensifient. Non satisfaits des moyens mis en place par la police pour lutter contre ces violences, des habitants d’Athènes ont décidé de patrouiller eux-mêmes dans un quartier où des brutes xénophobes ont pris l’habitude de passer à tabac des immigrés et de saccager leurs commerces.
 
Ces "antifascistes", comme ils se baptisent eux-mêmes, sont mobilisés contre Aube Dorée et ses sympathisants. Ce parti d’extrême droite, autrefois en marge de l’échiquier politique grec, a vu sa cote de popularité bondir depuis sa percée lors des dernières élections législatives où il a obtenu 21 sièges (sur 300) au Parlement. Aube Dorée fait des immigrés le principal problème du pays. Et les militants de ce parti passent à l'acte. Le mois dernier, l’un de ses leaders a fait irruption avec un groupe d’hommes sur un marché et demandé à voir les permis de travail des vendeurs qui avaient un faciès d’étranger. Ils en ont profité pour mettre à sac quelques stands. Les commerçants ont rapporté que la police était restée là sans bouger le petit doigt.
 
Après plusieurs incidents de ce type, le gouvernement a décidé d’arrêter la protection policière dont bénéficient les députés d’Aube Dorée depuis leur entrée au Parlement. De nombreux groupes de défense des droits de l’Homme reprochent toutefois à la police de faire preuve de trop de laxisme à l’endroit d’Aube Dorée et même de décourager les personnes victimes de violence de porter plainte. Pire encore, une vidéo amateur réalisée en début d’année montre des policiers prendre part à des violences contre des immigrés.
 
 
Des patrouilles de manifestants antifascistes à Athènes, le 30 septembre. Ils sont félicités par des passants, visiblement des immigrés, dans la rue.

"La police a fait tomber de leur moto les antifascistes et s’est mise à les rouer de coups"

Potmos (pseudonyme), 33 ans , est administrateur réseau. Il fait partie du mouvement "antifasciste" d’Athènes.
 
Les différents appels lancés sur des médias en ligne ou Facebook ont permis aux antifascistes d’effectuer trois patrouilles à moto. Nous étions plus nombreux à chaque fois. Certaines personnes nous font le reproche d’appartenir à des groupuscules anarchistes mais nous venons de tous les horizons politiques - même si je pense que la plupart d’entre nous votent à gauche. En dehors de la lutte contre les violences faites aux immigrés, nous n’avons pas de programme spécifique. Tout le monde est libre de nous rejoindre. Notre mouvement compte beaucoup d'enfants d’immigrés. Parmi les quartiers où nous nous rendons systématiquement, il y a Exarchia, où beaucoup d'immigrés vivent ou travaillent.
 
Nos deux premières patrouilles se sont bien passées. Les patrouilles avaient été programmées les soirs où devaient opérer les membres d’Aube Dorée, mais on ne les a jamais vus.  
 
"Les voyous d’Aube Dorée ont cassé la vitrine d’un magasin qui, manifestement, appartenait à des immigrés"
 
Lors de notre troisième patrouille - la plus importante avec environ cent motards -, le 30 septembre, les choses ont mal tourné. Des membres d’Aube Dorée étaient en train de briser la vitrine d’un magasin qui, manifestement, appartenait à des immigrés. Certains antifascistes se sont alors énervés et ont commencé à les repousser. La police, qui depuis le départ suivait notre cortège, est alors intervenue pour s’en prendre aux antifascistes et interpeller quatre d’entre eux. Les autres sont retournés au point de rendez-vous mais les policiers leur avaient tendu une embuscade. La suite a été très violente : la police a fait tomber des antifascistes de leur moto et s’est mise à les rouer de coups. L’un d’entre nous a été touché par une grenade éclairante. Au final, quinze nouvelles personnes ont été arrêtées. [Ils ont été libérés sous caution vendredi. Le ministre de l'Ordre public, dans un communiqué, les a qualifiés d’"extrémistes" et affirmé qu'ils étaient "encadrés" par les partis d'opposition, ndlr.]
 
 
"Les personnes arrêtées par la police ont été battues, ont reçu des tirs de Taser, et ont même été brûlés par des mégots de cigarettes"

Ils ont été accusés de voies de fait et trouble à l’ordre public, qui sont passibles de lourdes condamnations – ce qui était le cas ici. Surtout si le visage de l'accusé était caché, ce qui était le cas car ils portaient des casques de moto… On les a également accusés d’être en possession d’armes. Ce que la justice considère comme des "armes" sont les drapeaux accrochés aux motos. [Chrissa Petsimeri, une avocate qui représente plusieurs des personnes arrêtées, a déclaré qu'il leur était également reproché d'avoir jeté des pierres sur la police, des accusations que les personnes incriminées rejettent en bloc, ndlr.]
 
Au cours de leurs cinq jours de détention, plusieurs antifascistes ont été battus, ont reçu des tirs de Taser, et ont même été brûlés à l’aide de mégots de cigarettes par les policiers. [L'avocate a affirmé avoir des photos de ces blessures. Elle a ajouté que les deux femmes parmi les accusés ont essuyé des insultes sexistes par les policiers, tandis que les hommes, forcés de se déshabiller, auraient été frappés sur les parties génitales, ndlr.]
 
Malgré ce revers, les antifascistes comptent mener d’autres patrouilles en moto. La prochaine fois, nous espérons éviter toute violence ou affrontements avec la police. Tant que les forces de l’ordre ne feront pas leur travail qui consiste à protéger les plus vulnérables, ces patrouilles se poursuivront.
 
 
Des  manifestations antifascistes ont récemment eu lieu dans d'autres villes de Grèce, comme Thessalonique.