Observateurs
Capture d'une vidéo d'un Observateur de Gao, au Nord-Mali, en août 2012. 
 
Sous peine d’être fouettées, mutilées et emprisonnées, les femmes de Tombouctou devront désormais mettre de côté les voiles transparents et les vêtements près du corps. Les islamistes, qui tiennent cette ville du nord du Mali depuis six mois, ont encore serré la vis cette semaine. Et pour la première fois, leur obscurantisme vise spécifiquement les femmes.
 
Ces dernières semaines, les islamistes d’Ansar Dine et du Mujao, qui contrôlent le nord du Mali depuis le mois d’avril, ont multiplié les châtiments corporels infligés aux populations (flagellations, amputations, lapidations à mort) au nom de la charia, la loi islamique qu’ils entendent appliquer selon sa plus stricte interprétation.
 
À Tombouctou, la première amputation a eu lieu le 16 septembre dernier. Devant des habitants invités à assister au supplice, les islamistes ont coupé la main d’un homme d’une trentaine d’années soupçonné de vol. Deux mois auparavant, un couple accusé d’entretenir une relation hors mariage avait reçu cent coups de fouet sur la place publique.

"Les islamistes ont empêché une femme enceinte d’accoucher à l’intérieur de l’hôpital car son voile ne lui couvrait pas la tête"

Mahaman Dedeou est employé à la mairie de Tombouctou.
  
Il y a quatre jours, au marché et à l’hôpital, les islamistes ont commencé à demander aux femmes de se couvrir entièrement la tête. Dans un message diffusé à la radio jeudi, ils ont par ailleurs annoncé que les femmes n’avaient plus le droit de sortir après 23h. Depuis, dans les rues, les combattants surveillent leurs allers et venues, fusils à l’épaule, et ‘chicotent’ [frappent à coups de bâton, nldr] celles qui ne respectent pas cette nouvelle règle.
 
"Les islamistes exigent un voile très couvrant noir ou foncé"
 
Jusqu’à présent, beaucoup de femmes à Tombouctou portaient ce que nous appelons le ‘mouchoir’, un voile léger qui couvre une partie des cheveux. Mais ce tissu, souvent de couleur blanche, est transparent. Les islamistes l’ont banni : ils exigent un voile très couvrant noir ou foncé et cachant les oreilles. Ils ont interdit aussi les habits serrés que portent généralement les jeunes filles de la ville. Maintenant, elles s’habillent toutes de grands boubous ou avec le "toungou", un tissu de 12 mètres que l’on porte généralement dans le Sahel, par-dessus les vêtements.
 
"Les désobéissantes se verront couper les oreilles"
 
Les islamistes ont annoncé que les désobéissantes se verraient couper les oreilles et seraient envoyées dans une nouvelle prison réservée aux femmes. Pour le moment, il n’y a pas eu de telles sanctions, toutefois ils sont vraiment intransigeants : jeudi après-midi, alors que je rendais visite à un ami à l’hôpital, j’ai vu arriver une femme enceinte, prête à accoucher. Elle portait un foulard blanc sur la tête et les islamistes lui ont demandé de retourner chez elle pour se couvrir davantage. Elle leur a expliqué que sa grossesse arrivait à terme et qu’elle habitait à 2 km de là. Ils n’ont rien voulu entendre et lui ont interdit d’entrer dans l’hôpital. Elle a accouché dehors, sur le trottoir [un autre Observateur de Tombouctou a assisté à cette même scène. La femme et son bébé n’auraient pas de séquelles, ndlr].
 
"En s’en prenant aux femmes, ils essaient de toucher les hommes là où ça fait mal"
 
Depuis leur arrivée à Tombouctou, les femmes étaient plutôt épargnées par les islamistes. Au fil des mois, ils ont surtout tenté de pousser les hommes à bout, par exemple, en les obligeant à aller à la mosquée tous les vendredis à partir de midi. Mais malgré les coups de fouet et les violences, les islamistes ne sont pas parvenus à gagner l’obéissance et le respect de tous. En s’en prenant aux femmes, ils essaient de toucher les hommes là où ça fait mal.