Photo d'une manifestation au Caire, vendredi 14 septembre, posté sur Twitter par @TheMiinz
 
 
La colère ne retombe pas dans le monde musulman depuis la diffusion sur YouTube de la vidéo "Innocence of muslims", un film jugé insultant envers le prophète Mahomet ". Après la vague de manifestations de vendredi, dont plusieurs ont dégénéré en violences, de nouvelles mobilisations sont prévues cette semaine. Trois manifestants s’expriment ce qui les a le plus choqué dans cette vidéo.
 
 
Il est difficile de parler du film "Innocence of muslims", car il n’existe aucune preuve, jusque-là, que ce film ait réellement vu le jour. L’objet de la polémique est une vidéo longue de 13 minutes, supposée représenter le prophète Mahomet, sa femme Khadija et ses compagnons. L’extrait, de piètre qualité, tourné sur fond vert, semble avoir été doublé afin de tourner en dérision les personnages (c’est ce qu’affirment également les acteurs qui ont participé à la production). Les dialogues se moquent également du Coran et présente les musulmans comme des pédophiles.
 
Les premières rumeurs affirmaient que le réalisateur du film était un Américain d’origine israélienne, provoquant une vague de manifestations contre les représentations des États-Unis dans plusieurs pays du monde musulman. Mais le mystère plane toujours sur sa véritable identité.
 
 
Vendredi, des ambassades occidentales ont été attaquées à Kharthoum, au Soudan, ainsi qu’à Tunis, en Tunisie. En plus des quatre personnes mortes jeudi au Yémen, ces manifestations violentes auront fait quatre morts à Tunis, trois au Soudan et un à Tripoli, au Liban. Dimanche soir, au pays du Cèdre, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s’est à son tour insurgé contre cette vidéo et a appelé ses partisans à manifester cet après-midi.
 
 
 
Marche de protestation à Bagdad, Irak.
 

"Même si je n’ai pas encore eu le temps de bien comprendre le contenu de cette vidéo, il est de mon devoir de me joindre à ces manifestations"

Mahmoud Seddik Agha est étudiant, habitant dans la région du sud Kordofan au Soudan. Il a manifesté cet après-midi.
 
J’habite au sud Kordofan et je n’ai donc qu’un accès limité à Internet et aux médias. Je n’ai pas pu mener mes propres recherches concernant ce film. [L’existence du film n’a pas encore été prouvée]
 
Tout ce que j’en ai vu, c’est un extrait vidéo de quelques minutes qu’un ami soudanais vivant aux États-Unis m’a envoyé par mail. Je ne comprends pas très bien l’anglais, mais mon ami m’a expliqué qu’il s’agissait d’une parodie dont le but était de ridiculiser l’islam et les musulmans, ainsi que de porter atteinte au prophète Mahomet. Et hier, à la mosquée de mon quartier, j’ai vu un écriteau invitant les fidèles à se rendre à une conférence le soir pour leur expliquer le contenu de ce film.
 
Je suis contre l’usage de la violence et je condamne ce qui s’est passé en Libye. Cela ne fait que ternir davantage l’image des musulmans dans le monde. Cela dit, je pense qu’il est nécessaire de sortir manifester pour expliquer au monde qu’on a porté atteinte à des millions de gens à travers ce film. Je ne sais pas exactement à quelles notions le film s’est attaqué, mais je trouve inacceptable de mettre en scène le prophète. De toute façon, je ne pense pas qu’autant de personnes puissent sortir dans la rue sans raison. Même si je n’ai pas encore eu le temps de bien comprendre le contenu de cette vidéo, il est de mon devoir de me joindre à ces manifestations.

"J’ai manifesté pour demander aux autorités américaines d’interdire le film"

 Ahmed Abbas al-Bacha a participé à une manifestation contre le film hier à Taez, deuxième ville du Yémen.
 
Mes amis m’ont conseillé de ne pas voir le film parce que cela reviendrait à commettre un pêché. Mais j’ai préféré en avoir le cœur net et j’ai visionné un extrait doublé en arabe sur YouTube. J’ai été choqué. L’extrait en question, qui dure treize minutes, tourne en ridicule notre Prophète - que le salut soit sur Lui - qu’il dépeint comme un obsédé sexuel et un pédophile. Le film décrit, en outre, les chrétiens comme une communauté opprimée par les musulmans, ce qui est faux selon moi.
 
J’ai donc participé à une manifestation hier, à laquelle ont pris part des milliers de personnes, pour dénoncer cette immonde production anti-islam et demander aux autorités américaines d’interdire la diffusion de la vidéo. J’entends bien que l’État américain n’est pas responsable des productions cinématographiques. Mais de la même manière que des lois négationnistes ont été votées contre ceux qui remettent en cause la Shoa, les législateurs pourraient par exemple adopter une loi contre les actes anti-musulman.

"J'ai refusé de regarder car ça m'aurait perturbé"

Younessgera vit à Casablanca au Maroc.
 
Hier vers 16 heures, je me suis joint au rassemblement qui s’est tenu devant l’ambassade des Etats-Unis, située près de mon lieu de travail. Les manifestants brandissaient des pancartes clamant : "Tout sauf le prophète", mais ils ont fait preuve de civisme car il n’y a pas eu d’insultes ni d’actes de violence. 
 
Personnellement, je me suis abstenu de regarder des extraits du film en question parce que la représentation du prophète est interdite dans notre religion. Et de toute façon, voir Mohamed ainsi tourné en dérision aurait perturbé mon esprit.
 
Les gens savent bien ici que les autorités américaines n’ont rien à voir avec ce navet. Mais ils voulaient exprimer leur désapprobation devant l’ambassade des États-Unis parce que le film est produit dans ce pays.
 
À Casablanca, les manifestants scandent "Obama, Obama, nous sommes tous des 'Oussama' !" (en référence à Oussama Ben Laden)