Observateurs
 
Alors que la Côte d’Ivoire connaît un regain de violences, des sites pro-Gbagbo font circuler quatre vidéos montrant des civils maltraités par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) sur la place d’un village. Ces images sont présentées comme récentes alors qu’elles datent, en fait, de mai 2011…
 
Ces images amateurs circulent sur Internet depuis juillet. Elles sont présentées comme ayant été tournées à Alépé, une commune située à 50 km au nord d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Divers sites et pages Facebook pro-Gbagbo affirment qu’il s’agit d’éléments des FRCI, l'ex-rébellion pro-Ouattara devenue l'armée régulière après une fusion avec les Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire, qui maltraitent des habitants de cette localité. Selon ces sites militants, ces images auraient été tournées en juin 2012. Elles sont présentées comme des preuves que le pouvoir en place cautionne des actes de torture commis par ses soldats contre les populations.
 
Vidéo 1
 
Ces vidéos montrent des hommes en treillis infliger de mauvais traitements à des jeunes en captivité. Sur l’une d’elles, on voit ces jeunes allongés au sol et contraints de chanter la gloire d’Alassane Ouattara. Certains d’entre eux se font piétiner (sur la 1ère vidéo, à partir de la 55e seconde). Une autre vidéo montre des hommes en tenue désigner leurs détenus deux par deux et leur ordonner, en les fouettant, de se gifler mutuellement (sur la 2e vidéo, voir à partir de la 4e minute). La scène se termine par une séance de pompes pour tout le monde.
 
Vidéo 2. 
 
FRANCE 24 a pu contacter un témoin oculaire de la scène, qui a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. Il nous affirme que les faits se sont déroulés à Domolon, un petit village de la région d’Alépé, en mai 2011, soit quelques semaines après la chute de Laurent Gbagbo, l’ancien président. Il explique que, ce jour-là, les FRCI étaient venues venger d’autres soldats qui s’étaient fait "lapider" par un groupe de jeunes de la ville une semaine auparavant (sur la 3e vidéo, on entend à plusieurs reprises les soldats parler de "lapidation de FRCI").
 
Après avoir pillé plusieurs maisons du village, les FRCI ont alors regroupé les jeunes sur la place et les ont soumis à des actes humiliants. En entendant les tirs, le curé d’Alépé, qui se trouvait à Dabré, un village mitoyen, a accouru en soutane pour tenter de ramener le calme (à plusieurs reprises, on voit un homme en soutane blanche sur les images). Il est parvenu à convaincre le commandant "barbu" visible sur la 3e vidéo de libérer les jeunes, expliquant que ceux qui avaient agressé les FRCI la semaine précédente ont fui le village. Après plusieurs heures, les soldats ont fini par partir, laissant la population "traumatisée", selon notre témoin. 
 
Vidéo 3. 
 
Ce genre d’exactions commises par les FRCI a été plusieurs fois condamné au cours de l’année 2011 par différents rapports d’ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch, mais aussi par l’Onuci, la force de l’ONU en Côte d’Ivoire.
 
Tout au long de la crise post-électorale ivoirienne, la guerre des images entre les deux camps a battu son plein sur Internet. Elle refait surface plus d’un an après la fin de la crise alors que de nouvelles violences, visant principalement des bases des FRCI, déstabilisent le pays.

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.