Capture d'une vidéo amateur. 
 
Aux cris de "Ali Bongo dégage", des milliers de Gabonais ont marché mercredi, à l’appel de l’opposition, dans les rues de Libreville. Une manifestation qui a ensuite dégénéré en violentes échauffourées avec les forces de l’ordre.
 
Selon l’Union nationale, le parti dissous de l’opposant André Mba Obame, les heurts qui ont opposé mercredi les manifestants et les policiers auraient causé la mort de trois personnes. Les autorités gabonaises ont toutefois démenti ce bilan, accusant des "petits groupes organisés" d’avoir "perpétré des actes de vandalisme dans un élan de provocation".
 
Près de 3000 personnes ont participé à une manifestation pour réclamer la tenue d’une conférence nationale, sous la forme de discussions entre le parti au pouvoir, l’opposition et les différents acteurs de la société civile. L’appel à battre le pavé a été lancé par André Mba Obame, un ancien ministre d’Omar Bongo passé dans l’opposition et arrivé deuxième du dernier scrutin présidentiel. Rentré récemment dans le pays après 14 mois d’exil, celui qui s’était autoproclamé président de la République en 2011 est toujours poursuivi pour "troubles à l’ordre public".
 
Vidéo de la manifestation de l'opposition à Libreville le 15 août. 

"Mba Obame ne défend pas le pays, mais uniquement ses propres intérêts"

Bernard (pseudonyme) est journaliste pour une télévision gabonaise. 
 
Mba Obame n’est absolument pas légitime pour prétendre être le principal opposant d'Ali Bongo. Bien au contraire, c’était son grand ami et il lui doit tout. Il a été ministre de l’Intérieur et il s’est enrichi lors de son passage au gouvernement. Avant de l’écouter parler de corruption, j’aimerais voir sa déclaration de patrimoine. Je rappelle que pendant la campagne présidentielle, il s’est déplacé en hélicoptère. Où a-t-il trouvé l’argent ? Ce monsieur ne s’est brouillé avec Ali Bongo – qu’il considérait comme son frère - que récemment. Car il dit que le vieux [Omar Bongo, ndlr] lui avait promis qu’il serait son successeur. Il ne défend pas le pays, mais uniquement ses propres intérêts. C'est un arriviste. 
 
Maintenant, Mba Obame jette de l’huile sur le feu et des gens le suivent aveuglément. Il agit de manière irresponsable et cela s’est traduit mercredi par des violences. Ses sympathisants ont saccagé des magasins et tiré avec des fusils. J’ai entendu moi-même les détonations. L’opposition affirme qu’il y a eu des morts mais, comme toujours, elle est incapable de montrer les cadavres.
 
On dit que la police gabonaise est brutale ? Et bien moi qui travaille dur pour gagner ma vie, je comprends que l'on soit dur avec ceux qui saccagent des voitures et des commerces.
 
Vidéo de la manifestation de l'opposition à Libreville le 15 août. 

"Les Gabonais résisteront jusqu’à ce qu’Ali Bongo quitte le pouvoir"

George Mpaga est le président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG).
 
Les policiers anti-émeutes étaient postés au niveau d’un carrefour par lequel devait passer le cortège. Quand nous y sommes arrivés, ils ont chargé. Ils tiraient à balles réelles sur la foule. J’ai vu de mes yeux deux manifestants blessés par balles. Des manifestants ont alors sorti des gourdins.
 
Malgré ces violences et la répression, je pense que les Gabonais résisteront jusqu’à ce qu’Ali Bongo quitte le pouvoir parce qu’ils n’en veulent plus à la tête de l’Etat. Comme son père pendant 40 ans, Ali continue de piller les richesses du pays. A son arrivée au pouvoir, il s’est acheté un hôtel particulier à Paris pour 65 milliards de FCFA [100 millions d’euros], alors que dans les hôpitaux du pays, des femmes continuent de mourir à l’accouchement. Et, en juillet, il a organisé, à Libreville, le championnat du monde des bateaux à moteur alors qu’une grande partie de la population vit dans des bidonvilles [33% des Gabonais vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon une étude gabonaise de 2005 ndlr]. Sa présidence est un désastre, cela ne peut plus durer.
 
Avec le retour de Mba Obame, je pense qu’il va y avoir de plus en plus de manifestations. Depuis la mort de Pierre Mamboundou [grande figure de l’opposition gabonaise mort en octobre 2011, ndlr], il est le seul dirigeant politique qui saura galvaniser toute l’opposition.