Observateurs
Photo de requin bouledogue prise par Albert Kok.
 
La frustration et la peur se sont installées chez les surfeurs de La Réunion qui réclament des mesures urgentes pour mettre fin à la recrudescence des attaques de requins. En deux semaines, deux attaques contre des surfeurs ont été enregistrées, dont une mortelle. Un surfeur exprime son désarroi.
 
L'un d'eux a eu un bras et un pied arrachés dans une attaque de requin dimanche, sur le spot de Saint-Leu, sur la côte ouest de l’île. Ce Réunionnais, âgé d’une quarantaine d’années, et dont les jours ne sont pas en danger, "nageait sur sa planche lorsqu'il s'est fait happer la main", a expliqué son ami à l’AFP. "Il a été emporté vers le fond, où le requin lui a arraché un pied. Il a ensuite pu revenir sur la plage par ses propres moyens, des amis lui ont posé des garrots avant l'arrivée des secours", a ajouté ce témoin. Sur le spot de la commune voisine des Trois-Bassins, un surfeur de 22 ans a trouvé la mort dans une attaque similaire le 23 juillet dernier.
 
Les surfeurs ainsi que les pêcheurs préconisent des mesures radicales pour stopper les attaques des requins, y compris leur élimination. Une prise de position défendue par le maire de Saint-Leu, Thierry Robert qui, la semaine dernière, avait publié un arrêté autorisant la pêche au requin bouledogue (soupçonné d’être à l’origine de la plupart des attaques) sur le territoire maritime de sa commune. Un texte qu’il a toutefois retiré après avoir eu l'engagement du ministre de l’Outre-Mer, Victorin Lurel, de mettre en œuvre une opération de pêche au requin encadrée par les services de l'État.
 
Au total, sept attaques de requins contre des surfeurs se sont produites à La Réunion depuis janvier 2011, causant la mort de trois personnes.
 
 
 

"Si rien n’est fait, bientôt les requins s’en prendront aux baigneurs"

Jeremy Attyasse est surfeur et directeur de Ligue réunionnaise de surf. 
 
Il y a un sentiment de colère chez les surfeurs parce qu’il y a des dizaines de milliers d’euros qui sont dépensés pour mener des recherches, mais aucune décision concrète n’a été prise [Le programme CHARC (Connaissances de l’écologie et de l’Habitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte ouest de La Réunion) lancé en octobre 2011 et destiné à analyser le comportement des requins pour mieux gérer les risques a coûté environ 700 000 Euros, ndlr].
 
Le site de Saint-Leu a été interdit au surf après l’attaque d’hier, mais la baignade y reste autorisée. Personnellement, je n’ai pas surfé depuis des jours car j’ai désormais la hantise des requins. Il faut trouver des solutions rapidement, cette situation ne peut plus durer. À mon avis, il faut prendre des mesures radicales et prélever [pêcher] les requins dans les zones à risques, parce que des vies humaines sont en danger. Quand un chien mord une personne dans la rue, généralement on ne se pose pas de question : on le pique.
 
Il y a plusieurs facteurs qui peuvent être à l’origine de la recrudescence de ces attaques. De nombreux surfeurs et pêcheurs affirment que les requins prolifèrent près des côtes parce qu’ils sont attirés par les poissons de la Réserve marine [le Conseil scientifique de la réserve, dont la zone maritime de Saint-Leu fait partie, récuse ces reproches, soulignant que la quantité de poissons n’a que faiblement augmenté depuis sa création en 2007, ndlr]. Il faut aussi mener des recherches auprès des entreprises qui jettent leurs déchets dans la mer pour savoir si celles-ci sont à l’origine de leur multiplication près des côtes [Selon une scientifique de la Réserve marine, Pascale Chabanet, les déchets dus à l'urbanisation peuvent expliquer que les requins s'approchent si près des récifs, ndlr].
 
Photo de Jeremy Attyasse en train de surfer.
 
"Il faut éviter de surfer au lever et à la tombée du jour "
 
Il y a plusieurs solutions possibles pour stopper, ou du moins limiter, les attaques de requins. En Afrique du Sud, ils ont pris des mesures de prévention radicales qui ont fait leurs preuves. Ils ont mis en place des filets anti-requins dans les zones dédiées au surf et à la baignade. Certes, cette méthode s’est révélée dangereuse pour l’environnement parce que les filets prennent aussi les tortues, les dauphins et les baleines, mais il s’agit d’une piste parmi d’autres. En Australie, ils pratiquent en outre la pose de drumlines [un drumline est une ancre à laquelle est reliée une bouée qui permet de capturer les requins à l’aide d’un hameçon placé sur la ligne et ainsi de le garder vivant jusqu’à sa capture, ndlr] qui a permis de réduire considérablement les risques. Il faut aussi éviter de pratiquer le surf dans les eaux troubles, qui ne permettent pas de visibilité, ainsi qu’aux moments propices aux attaques, qui sont la tombée et le lever du jour.
 
Il faut que les surfeurs, les usagers de la mer et les autorités se mettent autour d’une table pour trouver des solutions au plus vite parce que la situation est grave. C’est vrai qu’on a eu des attaques de requins sur l’île auparavant, mais jamais dans ces proportions. Les surfeurs sont très attachés à leur passion. Ils sont souvent présentés comme des ennemis de l’environnement, mais si demain on vient à leur interdire de surfer, les requins s’approcheront davantage des côtes et s’en pendront aux baigneurs. Il faut tout faire pour stopper la progression des requins et reconquérir du terrain face à eux.
 
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