La guerre civile en Syrie ne menace pas uniquement les habitants, le très riche patrimoine culturel du pays fait également l’objet de toutes les inquiétudes. Sur cette vidéo amateur, publiée il y a quelques jours par l'un de nos Observateurs à Palmyre, des hommes en uniforme sont filmés en train de manipuler sans ménagement des pièces archéologiques.
 
La vidéo a été mise en ligne par Abdellah al-Tadmoury, le responsable du centre médiatique de Palmyre, l’organe de communication de l’opposition de cette ville du centre de la Syrie. Une oasis touristique qui accueille un vaste site archéologique de 6km2 classé au patrimoine mondiale de l’Unesco abritant des vestiges qui remontent au IIe siècle.
 
Abdellah al-Tadmoury nous explique qu’un soldat déserteur de l’armée régulière lui aurait donné la semaine dernière la carte mémoire de son téléphone portable juste avant de se faire exfiltrer par l’Armée syrienne libre (ASL). L’homme aurait tout juste eu le temps de préciser qu’elle contenait des images de sa brigade à Palmyre. France 24 a pu visionner plusieurs de ces vidéos. Sur l’une d’entre elles, une brigade de soldats de l’armée régulière est filmée alors qu’elle "patrouille" sur le site archéologique de Palmyre. Sur une autre, le même groupe de soldats est filmé lors d’une intervention armée dans un domicile. Parmi les vidéos se trouvait aussi celle-ci sur laquelle on peut voir des hommes en uniforme manipuler ce qui semble être des pièces archéologiques.
 
 
Les hommes que l’on voit n’hésitent pas à poser et demandent à être filmés au milieu des pierres taillées (0’57). Le soldat déserteur, qui, pour des raisons de sécurité, a dû quitter la ville immédiatement après avoir transmis ces enregistrements n’a pas donné d’explications sur le contexte de cet enregistrement ni précisé s’il les a lui-même filmés ou s’ils lui ont été envoyés par des camarades.
 
On peut cependant affirmer, d’après les informations relatives au fichier vidéo original, que les images ont été enregistrées sur le téléphone le 18 février, soit quelques jours après l’entrée de l’armée régulière dans la ville touristique de Palmyre, précise notre Observateur.
 
Après analyse de ces images, un journaliste syrien de FRANCE 24 affirme que ces hommes sont probablement des soldats de l’armée régulière syrienne, ces derniers utilisant à plusieurs reprises (0’41 et 1’08) le terme "Sidi". Cette marque de respect en arabe est employée par les éléments de l’armée syrienne pour s’adresser à des officiers supérieurs. Or, dans les rangs de l’ASL, les combattants s’appellent plutôt "frère" ou "camarade".
 
Le site archéologique "contrôlé par l’armée régulière"
 
Contacté par FRANCE 24, l’archéologue et chercheuse au CNRS Mathilde Gelin affirme que les reliefs que les hommes sont en train de manipuler ressemblent effectivement aux pièces archéologiques palmyréniennes. Ces pièces sont en partie conservées dans le musée de Palmyre, à proximité du site archéologique, une autre partie se trouve en revanche en extérieur sur le site et est par conséquent libre d’accès.
 
Selon le témoignage de notre Observateur, le site archéologique de Palmyre serait actuellement entouré de barrages et de points de contrôle de l’armée régulière. Celle-ci contrôlerait par ailleurs toute la zone champêtre qui sépare la ville du site archéologique. "Il n’est donc pas possible que qui que ce soit, et surtout pas les membres de l’ASL, puissent avoir accès à cette zone", affirme notre Observateur. Une des vidéos, retrouvée sur la même carte mémoire, confirme effectivement la présence de l’armée régulière sur le site des ruines de Palmyre.
 
Par ailleurs, à 0’22, un des soldats désigne une pièce en demandant à son camarade : "Ils veulent celle-ci, non ?" ce qui laisse penser que ces pièces seront déplacées ou remises à d’autres personnes. Nous avons contacté l'ambassade de Syrie en France afin de savoir si les soldats déployés à Palmyre avaient une mission particulière concernant ces objets anciens. Nous n’avons pour l’heure pas eu de retour.
 
D’après les éléments que nous avons, il est impossible d’établir s’il s’agit de pillage. Mais cette vidéo est diffusée alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour demander la protection du patrimoine culturel syrien qui risque d’être abîmé ou dilapidé en ces temps de guerre. Des pillages ont d’ores et déjà été signalés dans différentes villes de Syrie, notamment à Homs. L’organisation internationale Interpol a été prévenue en mai dernier du vol d’une mosaïque de grande valeur au musée qui jouxte les ruines d’Apamée, dans le nord-ouest du pays.