Photo publiée sur Flickr sous la licence Creative Commons par Paul Keller.
 
La volaille fraîche est devenue tellement chère en Iran que la population est désormais contrainte de faire la queue pendant des heures pour acheter les poulets surgelés subventionnés par le gouvernement – et même ceux-là sont plus chers que les poulets frais vendus il y a quelques mois. Une situation qui a poussé des centaines d’Iraniens à descendre dans la rue pour exiger du gouvernement qu’il contienne cette inflation galopante.
 
Le prix du poulet en Iran a plus que doublé en deux mois et plus que triplé depuis le début de l’année. En réaction, les autorités ont ouvert des centres dans lesquels la volaille est vendue à un prix inférieur à celui du marché. Mais les prix de ces produits subventionnés étant eux-mêmes en constante augmentation, la colère des consommateurs ne s’est pas pour autant calmée. Le poulet est devenu un sujet tellement sensible que, la semaine dernière, le chef de la police nationale demandait aux chaînes de télévision iraniennes de ne plus diffuser de programmes montrant des personnes en train de manger du poulet. Une chaîne iranienne a récemment fait disparaître le prix d’une mandarine qui apparaissait dans un film datant des années 1990.
 
Les autorités ont justifié cette montée en flèche du prix de la volaille par une augmentation de la demande. Témoignant anonymement, un employé du secteur alimentaire a expliqué quant à lui que cette augmentation des prix est la conséquence directe des sanctions économiques imposées par l’Occident, des restrictions qui rendent très difficile l’importation de nourriture pour les bêtes.
 
Les sanctions économiques qui visent à forcer le gouvernement iranien à mettre un terme à ses activités nucléaires ont provoqué l’effondrement de la monnaie iranienne et une forte inflation des prix à la consommation.
 
Des centaines de personnes manifestent dimanche 22 juillet dans les rues de Nishapur, au nord-est du pays. Aucune violence n’a été signalée lors de ce rassemblement.

"Je n’ai pas pu acheter de poulet depuis un mois"

Fariba est fonctionnaire et mère célibataire. Elle vit à Téhéran.
 
Je n’ai pas pu acheter de poulet depuis un mois, alors que c’est la base de notre alimentation. On le retrouve dans la plupart de nos plats. Et en travaillant de 8h à 18h, je ne suis pas en mesure d’aller faire la queue dans les centres gouvernementaux qui proposent des poulets à prix réduits, mais j’ai entendu dire qu’ils étaient surgelés et de mauvaise qualité. J’ai un voisin qui s’y est rendu, il a fait la queue pendant cinq heures pour acheter un poulet 47 000 rials le kilo [près de 3,70 euros]. À l’époque du Nouvel An perse [mois de mars], le poulet subventionné était à 40 000 rials le kilo [près de 2,70 euros]. Et aujourd’hui, pour un poulet frais, il faut compter 85 000 rials [5,80 euros]. Seuls les riches peuvent se les payer.  
 
"C’est comme si tout le monde jeûnait en ce moment, jour et nuit !"
 
Les gens sont vraiment contrariés. J’en ai entendu beaucoup au bureau se plaindre non seulement du prix du poulet mais aussi du prix de la viande, des œufs, du pain et du lait. On ne peut plus suivre. Maintenant, les gens font aussi la queue devant les centres subventionnés pour acheter des produits de première nécessité. En tant que mère célibataire, même si je travaille à plein temps dans une administration, je suis obligée de faire des petits boulots pour arrondir les fins de mois. Je gagne en tout 8 000 000 rials par mois [environ 540 euros]. Avec ce salaire, aujourd’hui je peux seulement acheter les produits alimentaires de base pour ma fille et moi. La situation va en s’empirant pour tout le monde. En plus, avec le ramadan, les pratiquants qui en cette période ont l’habitude de consommer beaucoup sont vraiment énervés. C’est comme si tout le monde jeûnait en ce moment, jour et nuit !
 
 
 
Une file d'attente à Téhéran pour acheter des produits subventionnés.
 

"La vie est devenue tout simplement insupportable. À l’approche de l’élection présidentielle, la situation pourrait devenir explosive"

Shirin est journaliste à Téhéran.
 
Non seulement on ne trouve plus de poulet dans les cantines des usines, des bureaux et des universités, mais même le prix de ces repas sans volaille augmente. Dans les facultés, le prix des repas subventionnés a quasiment doublé depuis l’année dernière. On n’avait jamais vu ça.  
 
Mais la nourriture n’est pas le seul problème. On entend aussi dire maintenant que le prix des médicaments, du gaz et de l’électricité  va augmenter, ce qui est très inquiétant. Et pour couronner le tout, en ce moment les autorités punissent les femmes qui ne portent pas le hijab à cause de la chaleur de l’été. Ce n’est pas étonnant que les gens protestent de plus en plus. La vie est devenue tout simplement insupportable. À l’approche de l’élection présidentielle [prévue en 2013], la situation pourrait devenir explosive.
 
Les dessinateurs s'en sont donnés à cœur joie après l'interdiction des images de poulet à la télévision. Ici, un père dit à son fils: "Combien de fois je t'ai dit de ne pas regarder des films où on voit des poulets". Par Mana Neyestani.
 
Les internautes se moquent aussi du poulet surgelé du gouvernement. À gauche, Steeve Jobs présente son iPhone. À droite, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad présente son iMorgh ("Morgh" signifie "poulet" en farsi).