Observateurs
Photo d'Amar Maiga devant l'entrée du tombeau des Askia, mardi 3 juillet. 
 
Alors qu’à Tombouctou, dans le nord du Mali, les combattants islamistes détruisent mausolées et mosquée à coups de pioches, à Gao, une autre ville contrôlée par les djihadistes, des habitants auraient décidé, selon notre Observateur, de monter la garde à côté des monuments religieux de la ville.
 
Moins d'une semaine après la chute de Gao, Tombouctou et Kidal, les principales villes du Nord-Mali, aux mains des groupes islamistes armés, le Mali et la communauté internationale s’indignent du sort réservé aux mausolées et à une mosquée de la "cité des 333 saints" par les combattants. Dans la tradition religieuse malienne, ces monuments, considérés comme des "hérésies" par les djihadistes, sont censés protéger Tombouctou, désormais patrimoine mondial en péril de l’Unesco.
 
Photo du tombeau des Askia par Amar Maiga, mardi 3 juillet. 
 
À Gao, où les islamistes ont chassé les indépendantistes touareg du MNLA au terme d’intenses combats, notre Observateur s’est rendu ce matin devant le tombeau des Askia, construit au XVe siècle au temps de l’Empire songhaï, et inscrit en 2004 sur la liste du patrimoine mondiale de l’Unesco.

"Les islamistes ont conseillé à la population de ne pas s’aventurer dans la brousse à cause des mines qu'ils ont posés"

Amar Maiga est enseignant à Gao. Il a pris ces deux photos mardi matin. 
 
Ces hommes n’étaient pas là il y a deux jours. Ils ont décidé de surveiller l’entrée du tombeau, quand ils ont appris que les mausolées de Tombouctou ont été détruits. Il y a aussi des jeunes qui se sont improvisés gardiens devant la mosquée. Ils surveillent les allers et venues. Mais, pour le moment, les islamistes n’ont pas menacé de détruire nos monuments, comme à Tombouctou.
 
Hier, un responsable islamiste a parlé à la radio. Il a dit qu’ils avaient miné les zones de passage du MNLA dans la brousse. Il a d’ailleurs appelé la population de Gao à ne pas s’aventurer dans la brousse à cause des mines, mais de privilégier les routes. Il est toujours possible d’entrer et de sortir de Gao. J’ai même pu envoyer un colis à Bamako, ce matin, via un bus qui partait pour la capitale [le MNLA a affirmé hier à l’AFP que les islamistes "empêchaient" la population de quitter la ville, NDLR].
 
J’ai l’impression que les gens continuent de vivre normalement. Mais ce qui devient vraiment difficile, c’est de toucher son salaire. Avant l’entrée des rebelles dans Gao, j’allais retirer ma paie à la banque. Mais, maintenant, toutes les banques sont fermées. Il faut que je demande à un ami de Bamako d’aller retirer mon argent et de me le faire parvenir en bus.