Observateurs
 
Les habitants du royaume du Bahreïn nous avaient déjà maintes fois signalé l’utilisation abusive de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre. Cette vidéo est toutefois particulièrement choquante.
 
Trois policiers patrouillent dans une rue visiblement calme. L’un d’entre eux charge son fusil, le glisse à travers le volet entrouvert du rez-de-chaussée d’une habitation et tire. Quelques secondes plus tard, une épaisse fumée blanche s’échappe de la fenêtre.
 
 
D’après les informations qui accompagne le document sur YouTube, cette vidéo aurait été filmée dans la grande ville d’A’ali, dans le nord de l’île, le 27 mai. L'un de nos Observateurs sur place confirme que ces images ont été tournées près de chez lui dans le quartier la vieille ville d’A’ali. Il est impossible de vérifier la date mais le 27 mai une grande manifestation de solidarité avec le célèbre activiste chiite Abdulhadi al-Khawaja avait effectivement été dispersée par les forces de l’ordre. Cette utilisation systématique des gaz lacrymogènes viserait à dissuader les habitants de cacher les manifestants chez eux.
 
Lors d’un précédent billet publié en janvier 2012, Anmar (pseudonyme), un observateur de Mugaba (Nord), nous avait expliqué  que "les autorités essayent de ne pas abuser des balles réelles parce que la communauté internationale met la pression sur le Bahreïn. Alors, à la place, elles envoient des gaz partout pour punir les manifestants." L’organisation Amnesty International évoquait déjà à cette période une douzaine de décès causés par "un recours inconsidéré au gaz lacrymogène par les forces de sécurité". Depuis, au moins deux autres morts par gaz lacrymogènes ont été signalées par les organisations d’opposition. 
 
Pays à majorité chiite (environ 75% de la population), le Bahreïn est dirigé par une monarchie et un gouvernement exclusivement sunnite. Depuis le mois de février 2011, des membres de la communauté chiite qui s’estiment victimes de discriminations descendent régulièrement dans la rue. Lors de ces rassemblements, certains manifestants bloquent les rues, brûlent parfois des véhicules et n'hésitent pas à utiliser des cocktails Molotov contre la police qui répond systématiquement par une répression brutale.