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Notre Observateur s’est rendu dans le camp de Mugunga dans le Nord-Kivu, cette région du nord-est de la RDC où l’armée congolaise traque depuis fin avril les mutins fidèles à Bosco Ntaganda, un ancien rebelle recherché par la justice internationale. Il y a vu des milliers de réfugiés qui ont tout laissé derrière eux et aujourd’hui ne demandent qu’une chose, "rentrer dans leur village pour sauver leurs cultures".
 
L’offensive menée depuis plus d’un mois par l’armée congolaise contre les soldats mutins de l’ancienne rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) a jeté des milliers de personnes sur les routes. Entre le 10 et le 20 mai dernier, le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) a dénombré plus de 40 000 déplacés dans le Nord-Kivu. Des dizaines de milliers de familles ont aussi trouvé refuge au Rwanda et en Ouganda voisins.
 
Ralliés à l’armée régulière en 2009, les soldats issus de l’ancien mouvement rebelle du CNDP sont entrés en dissidence à la fin du mois d’avril. Ils reprochent au président Joseph Kabila de ne pas respecter les accords conclus dans le cadre de leur intégration à l’armée régulière il y a trois ans. Les mutins soutiennent le fugitif Bosco Ntaganda, l’ancien numéro 1 du CNDP accusé par la Cour pénale internationale de crimes de guerre commis lors des différents conflits armés qui ont ravagé l’est du pays. Selon la justice militaire congolaise, Bosco Ntaganda serait d’ailleurs le premier initiateur de ces mutineries.
 
Ces derniers jours, les autorités congolaises ainsi que des organisations d’aide comme le HCR, le Programme alimentaire mondial (PAM) ou encore Caritas ont distribué des lots de nourritures et de médicaments aux déplacés de Mugunga. 
 
Le camp de Mugunga, situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, accueille des réfugiés depuis une vingtaine d’années, depuis que cette région est le théâtre de conflits impliquant plusieurs groupes armés et pays africains, essentiellement le Rwanda et l’Ouganda.

Toutes les photos ont été prises par notre Observateur Alain Wandimoyi. 

"J’ai vu une femme accoucher en plein air sans assistance"

Alain Wandimoyi est photographe et blogueur à Goma. Le 23 mai dernier, il s’est rendu dans le camp de Mugunga 3 (le camp est divisé en trois sections), où les réfugiés arrivent de Masisi, une localité située à plus de 60 kilomètres au nord-ouest de Goma.
 
Quand je suis arrivé à Mugunga 3, j’ai été choqué par les conditions de vie des réfugiés. Ces deux dernières semaines, presque 6700 personnes sont arrivées à Mugunga 3. Le camp est dans un sale état : il n’y a pas de toilettes et les tentes sont complètement délabrées. Certains dorment dans les bâtisses fabriquées pour servir d’écoles aux enfants, mais la plupart vivent dehors à même le sol. J’ai vu une femme accoucher en plein air sans assistance. Il y a aussi beaucoup de vieillards qui errent seuls et des gens malades. Les équipes de secours distribuent de la nourriture - de la farine de maïs et de l’huile végétale - mais c’est insuffisant, c’est la famine.
 
 

 
 
La journée, les hommes se rendent sur des chantiers situés à côté du camp pour tenter de trouver des petits boulots. Sinon, la majorité reste là à attendre. Quand ils me voyaient les prendre en photo, les gens me remerciaient et me disaient : "Que le monde entier sache que nous existons". Ils m’ont tous dit que ce qu’ils voulaient, ce n’était pas tant l’aide humanitaire que de rentrer dans leur village pour sauver leurs cultures.