Observateurs
Capture d'une vidéo filmée par les observateurs de l'ONU à Houla montrant des tranchées creusées après le massacre pour enterrer les cadavres. Vidéo publiée sur Youtube
 
Nos observateurs en Syrie ne croient plus à une intervention des grandes puissances occidentales pour faire cesser les massacres. Certains d’entre eux vont même plus loin, affirmant que les États-Unis n’ont en réalité pas intérêt à voir aboutir leur révolution et qu’ils attendent davantage l’aide de Moscou que de Washington.
 
Un massacre a été perpétré à Houla, près de Homs, le 25 mai. Il aurait fait, selon les observateurs de l’ONU sur place, au moins 108 personnes, dont 32 enfants, et plus de 300 blessés. Certains civils ont été tués par des tirs d’artillerie lourde, tandis que d’autres ont été froidement abattus par balles ou même exécutés à l’arme blanche.
 
Après le massacre de Houla, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni dimanche en urgence et a adopté à l’unanimité une résolution condamnant l’usage de tanks et de l’artillerie lourde par l’armée syrienne. Depuis le début du conflit, c’est la deuxième fois qu’une résolution fait l’unanimité ; la première concernait l’adoption du plan Annan qui prévoyait, entres autres, l’envoi d’observateurs en Syrie.
 
Le régime syrien et l’opposition s’accusent mutuellement d’être responsable de ce carnage. L’opposition accuse le régime d’avoir bombardé Houla ; le régime rétorque que des terroristes islamistes sont responsables des massacres.
 
Cette recrudescence de violences porte un nouveau coup au plan Annan et rend encore plus improbable une sortie de crise par la voie diplomatique, après 14 mois de contestation et de répression. Nos Observateurs dans le pays nous font part de leur désespoir et de leur colère face à l’impuissance de la communauté internationale. Qu’ils soient à Homs, Hama, Deraa ou Lattaquié, beaucoup semblent plus que jamais déterminés à prendre les armes. Egalement inquiétant, beaucoup évoquent désormais un "complot" des pays occidentaux et des puissances arabes contre leur révolution.
 
Le témoignage de notre Observateur n'est en aucun cas une prise de position de FRANCE 24 sur le sujet. Nous invitons les internautes, notamment syriens, à donner leur avis dans les commentaires sous ce billet.

"Les États-Unis préfèrent une Syrie faible pour qu’elle ne soit plus une menace pour Israël"

Rami est un de nos plus anciens Observateurs à Homs, en Syrie.
 
 
Nous sommes en colère contre le régime et ses alliés, la Russie et la Chine, mais aussi contre les pays qui prétendent nous soutenir. Nous n’avons plus confiance en personne. Nous sommes l’objet d’un jeu entre les grandes puissances. Chaque fois qu’il y a un massacre, la communauté internationale s’empresse de le condamner. Mais qu’est-ce que cela nous apporte sur le terrain ? Rien. Ce que nous voulons ce sont des actions. Le monde entier a vu les images des dizaines de cadavres d’enfants lâchement abattus. Qu’attendent-ils pour nous aider ?
 
"Je me demande si les clés de notre révolution ne sont pas plutôt entre les mains de la Russie"
 
Les États-Unis passent leur temps à faire des déclarations de soutien envers le peuple syrien, mais ils n’agissent pas. La Russie, en quête d’une stature internationale, affiche son opposition aux puissances occidentales, et notre révolution lui donne une occasion de s’illustrer ou de faire monter les enchères. Je ne crois pas que la Russie soutienne le régime de Bachar al-Assad, ou qu’elle veuille la mort de Syriens. Elle campe sur ses positions en attendant que les États-Unis viennent négocier. Mais les Américains ne bougent pas, car un règlement du conflit ne les arrange pas. Ils préfèrent voir la Syrie s’affaiblir pour qu’elle ne soit plus une menace pour Israël.
 
Le statu quo arrange tout le monde. Finalement, alors qu’on s’attendait à une résolution du conflit grâce à l’aide de l’Occident, je me demande si les clés de notre révolution ne sont pas plutôt entre les mains de la Russie qui vient de condamner, pour la première fois, le régime et l’opposition pour le massacre de Houla. Jusqu’à présent elle apportait un soutien inconditionnel au régime de Bachar Al-Assad.